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Rouen


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Carte de Rouen en 1817
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Vue de L'entrée etdes Tours du vieux Palais

C'est une vanité patriotique, assez commune aux anciennes villes de France, de chercher dans les Commentaires de César les premières traces de leur origine Rouen ne peut prétendre à cet honneur le conquérant des Gaules n'en fait aucune mention. Cependant son existence est constatée sous la domination romaine, et il semble prouvé qu'alors elle possédait déjà une enceinte fortifiée. Des fouilles récentes ont fait découvrir quelques débris de monuments romains, des médailles à l'effigie des Césars et des ustensiles domestiques on a reconnu que, à l'époque impériale, le niveau moyen de la ville était alors de 7 mètres plus bas que le niveau actuel. Rouen fut, dès le IIIème siècle, conquise à la foi chrétienne ; elle eut ses saints et ses martyrs. Sous la domination romaine et sous celle des Francs, l'histoire de Rouen n'est guère que celle de ses évêques, dont l'autorité spirituelle et temporelle s'accrut graduellement, en ces temps d'anarchie et de violences
Nous avons raconté les malheurs et la mort de Prétextat. Un des successeurs les plus célèbres de l'évêque Prétextat fut saint Romain, au nom duquel se rattache une curieuse légende.
Un dragon gargouille d'une grosseur extraordinaire désolait alors les environs de la ville saint Romain prend avec lui deux prisonniers condamnés à mort il marche droit au monstre, qu'il enchaîne par le cou avec son étole et qu'il traine, docile et soumis, jusqu'au milieu de la ville ; là, le monstre fut brulé solennellement ou, selon d'autres, jeté à la Seine. La gloire de ce miracle parvint jusqu'au roi des Francs, qui, pour en perpétuer le souvenir, accorda au chapitre de Rouen le droit de délivrer chaque année un prisonnier, le jour de l'Assomption.
Saint Romain rebâtit la cathédrale de Rouen ; sa mémoire resta vénérée dans toute la Neustrie, et la ville de Rouen prit saint Romain pour patron, à l'exclusion de saint Godard, qui, depuis plus d'un siècle, était en possession de cet honneur. Audoenus ou Dodon canonisé depuis sous le nom de saint Ouen, hérita de l'œuvre et de la popularité de saint Romain. Nommé évêque de la ville, après avoir rempli des fonctions administratives, il acquit auprès du peuple et des rois francs une grande influence par ses vertus, son activité et l'étendue de ses connaissances. Il écrivit la vie de son ami saint Eloi. Ce fut sous son gouvernement que s'élevèrent, dans le diocèse de Rouen, les deux célèbres abbayes de Jumièges et de Fontenelle ou Saint-Wandrille. Il légua en mourant son corps à la basilique de Saint-Pierre, fondée par Clotaire 1er, et qui ne fut plus connue désormais que sous le nom de Saint-Ouen. À partir du IXème siècle, Rouen, comme la Neustrie, est livrée aux invasions des Normands. Pillée et brulée par les pirates, qui disparaissaient après avoir laissé d'horribles traces de leur passage, menacée en 876 par le plus hardi des chefs normands, Rollon, elle lui envoie son archevêque, qui le trouve à Jumièges, entouré de ses compagnons, et réussit à le fléchir. Rouen, dès lors, devient la capitale du nouveau duché. Selon quelques érudits, la ville lui devrait même son nom, Rou Ham, et par altération Rouan, Rouen, ce qui signifierait l'habitation de Rou ou de Rollon. Ce fut dans cette ville qu'après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, par lequel Rollon s'était engagé, lui et les siens, à embrasser la foi chrétienne, il reçut le baptême dans la cathédrale de Rouen.

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Vue de la porte du Bac

Sous le gouvernement de Rollon et de ses successeurs, Rouen devint bientôt une place de guerre d'une haute importance et vit s'élever de nouveaux édifices religieux, qui durent leur fondation ou leurs embellissements à la piété et aux remords des Normands enrichis par le pillage et le meurtre. Mais cette importance même l'exposa souvent aux dévastations et aux attaques soit des princes étrangers, soit des vassaux rebelles.
Du reste, l'histoire de la capitale de la Normandie se confond, à cette époque, avec celle du duché nous ne répèterons pas ici ce que nous avons dit de ces révoltes et de ces guerres dans l'histoire du département. L'histoire des transformations intérieures de la cité rouennaise est ici ce qui doit surtout nous occuper. C'est au génie commercial de ses habitants que Rouen dut sa prompte prospérité et son affranchissement, à l'époque de la révolution communale. Dès les temps les plus reculés, les navigateurs rouennais, réunis en compagnie, avaient presque tout le commerce de Seine en aval et en amont. Même, avant la conquête de l'Angleterre, ils avaient obtenu dans ce pays d'importantes garanties pour leur commerce, et Édouard le Confesseur leur avait accordé, pour leur usage particulier, le port de Dunbeness, situé dans le comté de Kent, à quelques lieues de Douvres. Les ducs de Normandie, devenus rois d'Angleterre, augmentèrent encore les privilèges de Rouen. Ses marchands, formant une association désignée sous le nom de ghilde, obtinrent de Henri II le monopole exclusif du commerce de l'Irlande, sous cette seule réserve « que la ville de Cherbourg pourrait expédier pour cette ile un seul navire, une fois par an» S'ils eurent ainsi en droit le monopole du commerce de l'Irlande, ils possédèrent longtemps en fait celui des iles Britanniques. L'importance que ces richesses donnèrent aux bourgeois de Rouen, le sentiment de fierté qu'elles leur inspiraient, enfin la nécessité de les mettre à l'abri des exactions féodales firent bientôt de la ghilde, ou association commerciale, une association politique, une commune.
En 1144, Geoffroy Plantagenet, maitre de Rouen, dont les habitants avaient pris parti pour lui contre son compétiteur, leur accorda une charte qui consacrait des privilèges dont la ville jouissait déjà en réalité ; ces avantages furent confirmés par ses successeurs. Mais la commune de Rouen trouva un ennemi redoutable dans le clergé. Longtemps les évêques avaient été des protecteurs dévoués pour le peuple vaincu dont la plupart étaient sortis ; mais bientôt, devenu riche et puissant et se recrutant en partie parmi la race conquérante, le clergé devint hostile à l'affranchissement du peuple. « Partout, dit AI. Chéruel, la commune de Rouen trouvait en lui un dangereux adversaire ; là, il lui disputait la juridiction d'un quartier ; ici, il ouvrait un asile aux marchands qu'il protégeait contre l'autorité du maire ailleurs, il trainait les laïques devant le tribunal ecclésiastique, pour des affaires purement temporelles. » Cet antagonisme resserra l'union de la bourgeoisie rouennaise avec la royauté, qui rencontrait souvent dans le haut clergé normand un dangereux adversaire, et, dans sa lutte contre le pouvoir ecclésiastique, Henri trouva dans la commune de Rouen une alliée fidèle et dévouée. Richard Cœur de Lion avait confirmé les franchises de la ville ; mais, après le départ de ce prince pour la croisade et pendant sa captivité, la querelle s'envenima entre les deux puissances déjà rivales la commune, qui déjà sentait sa force, et le clergé, qui avait conservé presque tous les droits féodaux. Le chapitre possédait autour de la cathédrale un emplacement, qui jouissait d'un double et important privilège c'était un lieu d'asile pour le criminel et un lieu de franchise pour le marchand. Les chanoines y firent bâtir des échoppes pour les marchands, attirés en ce lieu par l'exemption de tout droit les corporations d'arts et métiers, qui trouvaient, dans cette réunion de marchands exemptés des obligations communes, une redoutable concurrence, s'émurent et s'agitèrent. Le chapitre demanda vengeance de ce qu'il regardait comme un attentat en l'absence de l'archevêque de Rouen, quatre évêques de Normandie se réunirent à Rouen, et, la commune n'ayant pas voulu céder à leurs menaces, ils jetèrent l'interdit sur la ville. Pendant six mois, l'office divin fut suspendu les malades mouraient sans obtenir les secours de la religion, et leurs corps ne reposaient point en terre sainte. Les bourgeois persistèrent néanmoins ; mais, à l'approche de Pâques et de ses cérémonies religieuses, les imaginations s'alarmèrent au moment où la catholicité tout entière allait s'assoir au banquet de la foi, seraient-ils seuls privés de la communion universelle ? Ils s'avisèrent alors d'un expédient pendant la semaine sainte, ils introduisirent dans la ville des prêtres étrangers, ouvrirent les portes des églises et firent célébrer l'office divin. Le chapitre indigné lança contre la commune de nouveaux anathèmes, auxquels la population exaspérée répondit par de nouvelles violences cette fois, les maisons des chanoines furent envahies, quelques-uns d'entre eux égorgés ; ceux qui échappèrent en appelèrent au pape Célestin III celui-ci confirma la sentence d'excommunication ; la terreur religieuse pesa de nouveau sur la ville. Rien ne put vaincre l'obstination de la commune. En vain Innocent III renouvela contre elle les anathèmes lancés par son prédécesseur, la lutte continua avec des péripéties diverses; on finit par obtenir des bourgeois quelques réparations ; mais ils se refusèrent formellement à relever l'enceinte détruite dans la première émeute, et les chanoines furent obligés de la rebâtir à leurs frais. Longtemps après le commencement de la querelle, lorsque la Normandie était passée sous l'autorité des rois de France ce fut saint Louis qui leur en accorda l'autorisation, mais sous cette condition formelle que le mur n'aurait pas plus de quatre pieds de hauteur. Quant aux échoppes, cause première de toutes ces querelles, la commune ne permit d'en rebâtir qu'un petit nombre.

Rouen au Moyen Age
Note

Nous avons insisté sur cette querelle, dont la cause première peut sembler peu importante, parce qu'elle marque quelle rapide transformation s'était opérée parmi ces bourgeois, d'abord serfs du chapitre, maintenant indépendants et maitres dans leur ville ; un mur et quelques échoppes, voilà l'occasion de la lutte; mais le résultat est grand ; ce n'est rien moins que la substitution du pouvoir civil à la féodalité ecclésiastique, accomplie avec une persévérance surprenante, si l'on tient compte de l'empire que les terreurs religieuses exerçaient au XIIIème siècle sur ces pieuses imaginations à ce titre, cette révolution locale méritait qu'on s'y arrêtât.
Si maintenant l'on considère l'organisation de cette commune, on est étonné d'y trouver une véritable république, sous la suzeraineté du roi un maire, choisi par le roi parmi trois prudhommes, présentés par les cent pairs de la ville, était investi, pour un an, du pouvoir le plus étendu; ces cent pairs formèrent une espèce de patriciat, qui, plus tard, tenta de fermer ses rangs aux classes inférieures. Le roi de France même, en 1320, fut obligé d'intervenir, sur la réclamation du peuple, pour modifier cette constitution dans un sens plus démocratique. « Le droit électoral et politique, dit M. Chéruel, était restreint à un petit nombre de bourgeois. La masse du peuple ne nommait ni le maire ni les conseillers du maire. » Quelques nominations de magistrats d'un ordre inférieur lui étaient seules réservées. Une disposition libérale, obtenue sous Guillaume le Conquérant et confirmée par ses successeurs, doit être mentionnée ici si un serf restait un an et un jour dans la ville sans être réclamé par son seigneur, il devenait libre. Cette disposition, qui s'étendait à toutes les villes et châteaux de la domination normande, augmenta rapidement la population et la puissance des villes, où les serfs de la campagne cherchaient et trouvaient un refuge. Enfin, une milice communale, commandée par le maire, était chargée de défendre des droits si péniblement conquis. Jean sans Terre, successeur de son frère, Richard Cœur de Lion, confirma les privilèges de la commune.
Néanmoins, son règne ne fut marqué que par des désastres. En 1200, pendant la nuit de Pâques, la cathédrale fut dévorée par un incendie, six mois après, le feu détruisit encore une partie de la ville. Les exactions de ce prince, sa protection accordée aux juifs, enfin la captivité et le meurtre présumé de son neveu, Arthur de Bretagne, le rendirent l'objet de l'exécration générale. Cependant, telle était la vigueur du patriotisme local, que les bourgeois résistèrent avec courage aux armes de Philippe-Auguste. Jean sans Terre ayant lâchement refusé de secourir la ville, elle fut obligée de se soumettre. Le roi de France promit de respecter les frontières de la commune. Mais il ne tarda pas à la menacer, faisant élever, sur une des hauteurs qui dominent la ville, un château dont le donjon subsiste encore, levant des impôts considérables. De nouveaux incendies dévorèrent plusieurs quartiers de la ville, où les maisons, construites en bois et entassées les unes sur les autres, propagèrent rapidement la flamme.
Ces catastrophes et les ravages des pastoureaux contribuèrent sans doute à augmenter la ferveur religieuse, dont nous trouvons des signes nombreux à cette époque des miracles, des extases, l'introduction des moines mendiants, dont la règle sévère plaisait mieux aux âmes pieuses que les mœurs relâchées du clergé séculier enfin, des persécutions exercées contre les hérétiques, dont plusieurs furent brulés vifs.
Ce fut à cette époque que le roi Louis IX vint visiter la ville; il confirma par une charte les privilèges communaux, et ce prince éclairé, qui sut toujours, malgré son ardente piété, réprimer les passions envahissantes du clergé, décida, en 1259, que l'archevêque de Rouen ne pourrait frapper d'excommunication les habitants pour cause temporelle. Le règne de Philippe le Bel vit plusieurs émeutes, causées par des impôts excessifs, facilement réprimées. Sous son successeur, Philippe V, la constitution de la commune fut modifiée. La haute bourgeoisie, qui d'abord s'était fait suivre par le peuple dans sa lutte contre le clergé, avait fini par affecter des allures aristocratiques, qui causèrent plusieurs dissensions.
Le corps des pairs, anciennement au nombre de cent, fut réduit à trente-six, qui durent se renouveler par tiers tous les trois ans et on institua, en face de cette assemblée, un conseil de douze bourgeois nommés les prudhommes du commun. Quatre receveurs, pris par moitié parmi les pairs et parmi les prudhommes, eurent l'administration des revenus de la ville. Sous Philippe VI eut lieu la première réunion des états de Normandie et les bourgeois y par eurent comme composant un troisième ordre. Les états accordèrent des subsides au roi pour soutenir la guerre contre les Anglais, et Philippe confirma la charte aux Normands.
Mais ces jours d'indépendance allaient bientôt finir. En 1382, le rétablissement des gabelles, sous Charles VI, provoqua une insurrection, les traitants sont massacrés, les prêtres poursuivis et menacés par une multitude furieuse. Mais Charles VI arriva bientôt avec une armée et des exécutions signalèrent son entrée dans la ville. On rase le beffroi, qui contenait la Rouvel, la cloche de la ville, qui avait si souvent appelé les bourgeois à l'insurrection, la commune est supprimée ; vieilles franchises, privilèges antiques des corporations, tout disparait dans ce jour néfaste. Une rançon énorme est exigée de la ville et de chacun des principaux bourgeois, qui ont été jetés dans les cachots. Pendant un an, la plus implacable tyrannie s'appesantit sur la malheureuse ville. Peu à peu, l'autorité royale se relâcha de ses rigueurs ; un conseil électif fut reconstitué ; mais les fonctions du maire furent remplies par un bailli royal. Pour cette royauté, qui l'avait si cruellement frappée Rouen allait pourtant soutenir contre Henri V, roi d'Angleterre, un siège héroïque, qui devait épuiser ses dernières forces.
Après une défense désespérée, honorée par des sorties furieuses et des actes individuels d'un courage dont l'histoire gardé le souvenir, après avoir vainement imploré le secours de la cour de France, Rouen est obligée de capituler. Le roi d'Angleterre impose une rançon de trois cent mille écus et excepte de la capitulation un certain nombre de ses défenseurs tous réussirent à sauver leur vie en sacrifiant la moitié de leurs biens, un seul, le capitaine des arbalétriers de la ville, Alain Blanchard, est voué à la mort par l'indigne vainqueur. « Je n'ai pas de biens pour racheter ma vie comme les autres, dit le martyr en montant à l'échafaud ; mais, quand j'aurais de quoi payer ma rançon, je ne voudrais pas racheter le roi anglais de son déshonneur » Quelques années plus tard, la domination anglaise, qui ne fut à Rouen qu'une longue suite d'exactions et de violences, devait se signaler par un crime plus abominable encore. Depuis 1449, époque où Rouen redevint ville française, son existence fut plus calme jusqu'au temps des guerres de religion. Elle eut un archevêque célèbre, Georges d'Amboise, dont le nom appartient à l'histoire générale de la France. Sur sa proposition, Louis XII érigea en cour perpétuelle l'échiquier de Normandie cette institution, en donnant une plus grande importance aux légistes sortis du tiers état, fit naitre à Rouen, comme dans les autres villes de magistrature, une noblesse parlementaire, qui s'honora souvent par ses lumières et son indépendance.
Malheureusement, dès le règne de François 1er, le parlement de Rouen déploya une cruauté extrême contre les hérétiques, nombreux dans la ville. Ces atrocités exaspérèrent les huguenots, qui se révoltèrent en 1562 et restèrent maitres de Rouen. Reprise par les catholiques sous la conduite du duc de Guise, la ville fut pillée pendant huit jours. Les supplices recommencèrent, et, au mois de septembre 1572, Rouen eut son massacre de la Saint-Barthélemy cinq ou six cents personnes périrent égorgées ; un tiers environ des habitants de Rouen s'était enfui.
Ainsi délivré de ses ennemis, le parti catholique domina dès lors à Rouen. La ville prit parti pour la Ligue, lutta contre Henri III, dont l'assassinat fut accueilli à Rouen par des transports de joie ; elle soutint bravement un pénible siège contre Henri IV ; le roi fut obligé de se retirer. Mais, deux ans après, l'amiral de Villars, qui commandait la place, la vendit à Henri IV pour le titre de maréchal et une indemnité de 120 000 écus. Le roi y fit son entrée et y tint l'assemblée des notables en 1596.
L'histoire de Rouen, depuis cette époque, est moins tragique ; elle eut bien, en 1639, une émeute causée par la misère et l'excès des impôts, émeute impitoyablement châtiée par le chancelier Séguier ; mais elle jouit d'un repos inaccoutumé jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes.
Là, comme ailleurs, l'industrie et le commerce étaient en partie aux mains des protestants ; cet évènement porta un coup terrible à la prospérité de Rouen. La population de Rouen, qui s'élevait à 80 000 âmes en 1685, diminua de 20 000 en cinq ans.
Cependant, au commencement du XVIIIème siècle, le commerce de Rouen se releva, grâce à l'heureuse industrie d'un négociant de la ville, Delarue, qui, le premier, imagina de faire filer le coton. Dès lors, les toiles de coton teintes désignées sous le nom de Rouenneries devinrent à Rouen une branche d'industrie très active. Ses faïences et ses porcelaines étaient déjà à cette époque fort estimées.
En 1707, Boisguilbert, lieutenant général au bailliage de Rouen, publia un livre rempli de vues sages et neuves, le »Détail de la France sous Louis XIV ». Frappé des maux du peuple et de la manière scandaleuse dont les impôts se percevaient, il proposait des réformes, moins absolues que celles de Vauban, mais qui n'en irritaient pas moins contre lui ceux qui profitaient des abus et voulaient les perpétuer. « La vengeance ne tarda pas, dit Saint-Simon ; Boisguilbert fut exilé au fond de l'Auvergne. Au bout de deux mois, j'obtins son retour ; mais ce ne fut pas tout. Boisguilbert, mandé en revenant, essuya une dure mercuriale et, pour le mortifier de tout point, fut renvoyé à Rouen, suspendu de ses fonctions, ce qui toutefois ne dura guère. Il en fut amplement dédommagé par la foule de peuple et les acclamations avec lesquelles il fut reçu. » Ce bon citoyen mourut en 1714. L'histoire de Rouen, au XVIIIème siècle, ne se compose guère que des luttes du parlement contre l'autorité ecclésiastique ou contre la cour. Supprimé par Louis XV, auquel il avait résisté plusieurs fois, il fut remplacé par deux conseils siégeant à Rouen et à Bayeux (1771). Il fut rétabli au commencement du règne de Louis XVI.
Néanmoins, une nouvelle opposition se manifesta en 1788 de nouvelles persécutions s'ensuivirent ; mais la Révolution approchait, et l'esprit nouveau était déjà plus puissant que les persécuteurs. Tout se borna à d'inutiles et vaines démonstrations ; le parlement, exilé d'abord, fut bientôt rétabli. Au commencement de la Révolution il y eut à Rouen quelques mouvements populaires, causés par la cherté du pain. Néanmoins, pendant la Terreur, il y eut peu d'excès ; on ne compte que deux exécutions politiques pendant les années 1793 et 1794. Sous le Directoire et le Consulat, les brigands connus sous le nom de chauffeurs jetèrent l'épouvante dans les départements ; un grand nombre furent pris et exécutés à Rouen.
Depuis le règne de Napoléon 1er, Rouen avait joui d'un calme et d'une prospérité sans exemple. A peine si les évènements de 1830, de 1848 et de 1852 l'avaient un moment troublé ; mais il n'en fut pas de même en 1870. À la suite du combat de Buchy, où un corps de marins, de volontaires et de mobiles français eut à lutter, mais sans succès, contre une armée prussienne, celle-ci marcha sur Rouen, qu'elle occupa sans coup férir le 6 décembre 1870, et qu'elle abandonna ensuite après l'avoir pillée et dirigé son butin sur Amiens. Aujourd'hui, grâce aux bienfaits de la paix, Rouen est redevenu ce qu'elle doit toujours être, une des villes les plus industrielles et les plus productives de la France.




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