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Laval - Préfecture de la Mayenne

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Plan de Laval
Laval en 1753

Laval (Lavallum, Vallum Guidenis), est, avec ses voies nouvelles, son château, ses quais, ses ponts, ses promenades, et malgré ses anciens quartiers assez mal bâtis, une des plus jolies villes de France. Il est difficile de préciser l'époque de la fondation de cette ville, et l'on a discuté sur ses premiers seigneurs, sur le temps où ils ont vécu. Selon les uns, une forteresse y aurait été bâtie au temps de Charlemagne, pour protéger le pays contre les invasions des Bretons, et, renversée par les Normands, aurait été relevée vers la fin du IXème siècle. Selon d'autres, l'origine de Laval serait postérieure à cette dernière époque.
On trouve, au temps d'Hugues Capet, un seigneur de Laval, nommé Yves son fils prit le nom de Gui, qui devint celui de tous ses successeurs. L'un d'eux suit Guillaume le Conquérant à la conquête de l'Angleterre. Guillaume maria le fils de ce seigneur à sa nièce Denyse, fille du comte de Mortain. La maison de Laval s'accrut rapidement; ces seigneurs fondèrent et dotèrent des abbayes, enrichirent en général le clergé et augmentèrent la puissance de leur famille par des alliances.
En 1170, Gui V, de Laval, épouse Emme, fille de Geoffroy d'Anjou et de Mathilde d'Angleterre ; leur petite-fille Emme épouse en premières noces Robert, comte d'Alençon, et, après la mort de son premier mari, dont elle eut un fils qui mourut jeune ; se remarie, en 1218, à Matthieu de Montmorency, connétable de Montmorency, tige des Montmorency-Laval.br> Le connétable avait d'un premier lit un autre fils, Bouchard de Montmorency, qui épousa Isabeau de Laval, sœur de la seconde femme de son père. C'est de ce Bouchard que descendit la maison des Montmorency qui joua un rôle si important dans notre histoire. Tous ces seigneurs prennent part aux guerres féodales, aux croisades ; mais leur histoire n'est guère qu'une généalogie sans intérêt et il est difficile, pendant plusieurs siècles, de trouver un fait qui se rapporte à la localité dont ils étaient les possesseurs.
En1290, Gui IX épouse Béatrix de Gavres, comtesse de Falkenberg. Cette femme, élevée en Flandre, amena avec elle, à Laval, quelques tisserands de Bruges, qui importèrent dans le bas Maine l'industrie de leur pays et apprirent aux habitants à tisser et à blanchir le chanvre. C'est là l'origine de la manufacture de toiles de Laval, qui s'éleva promptement à un si haut degré de prospérité.
Gui X prit part aux guerres de Philippe de Valois contre les Flamands. Revenu dans ses domaines, il soutint contre Jean de Montfort, son beau-frère, la cause de Charles de Blois, allié de Philippe de Valois. Montfort s'appuyait sur les Anglais. Après avoir remporté plusieurs avantages, Gui X fut vaincu et tué à la bataille de La Roche-Derrien, en 1347. Gui XII marqua sa place parmi les vaillants capitaines de son temps ; il eut pour beau-frère Olivier de Clisson. Il joua un rôle considérable dans un événement important du XIVème siècle. Le duc Jean de Montfort avait invité le connétable de Clisson, les sires de Laval, de Beaumanoir et quelques autres à venir visiter son beau château de l'Hermine, à Vannes. « Le connétable et les barons, ne voulant pas témoigner une défiance insultante à leur suzerain, se rendirent avec lui à l'Hermine le duc attira messire Olivier dans la maîtresse Tour, sous prétexte de lui demander son avis sur cette maçonnerie ; mais, à peine le connétable y fut-il entré, que des soldats apostés se jetèrent sur lui il fut pris et en ferré de trois paires de fers. Le sire de Beaumanoir fut traité de la même façon. « Messire Olivier, dit Froissart, se voyant ainsi attrapé, n'estoit du tout à son aise, et à bonne cause car, par trois fois, il fut déferré et mis sur les carreaux : une fois vouloit le duc qu'on lui tranchât la tête, et l'autre fois vouloit qu'on le noyât et, de l'une de ces morts brièvement il fust fini, si n'eust été le sire de Laval ». Ce seigneur, contre qui le duc n'avait point de mal talent, et qu'il avait voulu renvoyer libre du château, ne quitta pas Jean de Monfort un seul instant de toute la nuit, et ne cessa de lui représenter l'infamie dont il se couvrirait, les périls dans lesquels il se précipiterait, s'il assassinait le connétable de France et le plus illustre des barons de Bretagne. Le duc, ébranlé par l'éloquence que Laval déployait en faveur de son beau-frère Clisson, renonça enfin à occire le connétable. (Henri Martin, Histoire de France.) Jean de Monfort le laissa partir en exigeant de lui une énorme rançon, (que le roi de France le força plus tard à restituer. Gui XII laissa une fille mariée à Jean de Monfort, seigneur de Kergorlay, qui lui succéda sous le nom de Gui XIII. Son fils, Gui XIV, rendit à la France de grands services dans la guerre contre les Anglais, dont le Maine était alors le théâtre ; Charles VII s'en souvint, et le jour même de son sacre, en 1429, il érigea la seigneurie de Laval en comté. L'année précédente, Laval avait été pris par Talbot, puis repris le 25 septembre ; cette journée fut depuis consacrée chaque année par une procession solennelle.

vue de Laval

Cette époque est celle de la grande puissance de la maison de Laval elle possédait, outre ses domaines héréditaires, des terres importantes en Bretagne, en Anjou, en Normandie, en Picardie, en Flandre, dans le Hainaut et dans l'Artois. Gui XIV obtint du roi de France l'établissement d'une chambre des comptes de Laval précieuse prérogative qui n'était accordée qu'à cinq ou six des premières maisons de France : un juge ordinaire, quatre auditeurs et un greffier composaient cette cour. Louis XI augmenta encore la puissance de cette maison en détachant le comté de Laval du Maine pour le faire dépendre directement de la couronne. Les comtes de Laval se distinguèrent dans les guerres d'Italie. La femme de Gui XVIII, nommée Guyenne, se sépara de son mari, se convertit au protestantisme et montra une énergie extraordinaire pour sa défense et celle de son propre parti. Elle fut condamnée à mort par le parlement de Paris mais elle se mit en sûreté, et mourut tranquillement à Laval, laissant ses domaines à son neveu Paul de Coligny, fils du fameux d'Andelot, qui se distingua dans les guerres de religion sous le prince de Condé. D'Aubigné, dans son Histoire Universelle, nous raconte un de ses exploits. Pendant la guerre de 1586, en Saintonge, « le comte de Laval, arrivé avec trente salades (cavaliers coiffés d'une salade, espèce de casque), le reste n'ayant pu suivre, fut commandé par le prince de Condé, sans loisir de prendre haleine, de charger le gros des piques où estoit l'enseigne de Tiercelin, comme colonnelle des régiments seule arborée. Le comte enfonça avec une telle résolution qu'il rompit tout. La troupe du prince se partagea en deux, l'une partie donne dans le débris qu'avoit fait le comte, l'autre cogna ceux de Saintes, sortis au secours à pied et à cheval jusque dans le faubourg de la Bretonnière. Laval s'attaqua particulièrement au drapeau colonel, lequel, quoique bien défendu, il emporta à coups d'épée mais la joie de ce petit heur fut bien éteinte quand il trouva ses deux frères, Rieux et Suilly, blessés à mort, l'un d'une mousquetade dans la tête, l'autre d'un coup de pique dans le petit ventre. Ceux des catholiques, qui mesuroient les choses plus à l'utile qu'à l'honnêteté, estimèrent à grand heur le dommage que les réformés reçurent en vainquant, surtout de ce que le comte de Laval, ayant quelques jours auparavant perdu son frère Tanlai, vit encore fini ! les deux autres entre ses bras, et en mourut de déplaisir. Ces quatre frères étaient les vrais enfants d'Andelot, semblables de visage, mais plus encore en probité, prudence et valeur. »
Le comte de Laval laissait un fils, Gui XX. Laval avait dans ses murs un assez grand nombre de protestants en 1589, Henri IV y séjourna après la prise du Mans. Trois ans plus tard, la ville tomba au pouvoir de Bois-Dauphin, capitaine ligueur. Le pays était ravagé par les Anglais, alliés de Henri IV. Une partie des habitants de Laval sortirent pour les combattre, et furent vaincus. En : 1594, la ville se soumit au maréchal d'Aumont, qui en prit possession au nom de Henri IV.
Gui XX ne se montra guère fidèle aux exemples de dévouement à la cause protestante que lui avait légués sa famille ; il se hâta de se convertir. Il fut tué en Hongrie en combattant contre les Turcs. Il avait vingt ans. Sa succession passa à Henri de La Trémouille, prince de Talmont. Ce fut un des descendants de ce dernier qui, dans les guerres de la Vendée montra une si brillante valeur et périt sur l'échafaud, à Laval, en 1794, à l'âge de vingt-huit ans. Pendant les deux derniers siècles, le négoce des Lavalois prit un accroissement considérable. Leur commerce de toiles s'étendait en Espagne et jusque dans l'Amérique méridionale ; et l'on attribue à cette circonstance l'esprit d'opposition que les habitants de Laval, ville très religieuse d'ailleurs, manifestèrent contre les jésuites, qui jamais ne purent réussir à y fonder un établissement. Les Lavalois, dit-on, craignaient que les jésuites ne leur fissent concurrence dans leur commerce avec les pays étrangers, où ils dominaient. Nous avons raconté dans l'histoire du département les terribles épreuves que Laval dut subir pendant les guerres de la Révolution. C'est aujourd'hui une ville industrielle, dont la principale fabrication est celle des toiles dites de Laval. Nous emprunterons à l’Annuaire de la Mayenne de 1851 les détails qui suivent sur cette industrie. Ils sont d'ailleurs extraits d'un remarquable mémoire publié en 1849 par AI. J.-D. des Cepeaux : « La fabrication des tissus de Laval a toujours tenu une place importante dans le commerce de : France ; son origine est fort ancienne. On voit dans nos chroniques que dès le XIIIème siècle, il se fabriquoit au pays de Laval des tissus de laine, serges, camelots et draperies, mais le profit en estoit de petit advantage. Ce que voyant Béatrix, comtesse de Gavres, qui avoit épousé Gui IX, seigneur de Laval, en l'année 1290, elle fit venir de son pays de Flandres des maîtres tisserands qui apprirent aux Lavalois l'art de fabriquer des toiles, et la manufacture et le commerce en furent establis à Laval en l'année 1298. » Bourjolly nous apprend encore qu'en 1484, Gui, quinzième du nom, estant seigneur Laval, sous le règne de Louis XI, des marchands lavalois, qui s'en estoient allés en la ville de Nantes pour leur négoce, apprirent la manière de blanchir les toiles et, pour ce, firent construire deux lavanderies auprès de Bootz, sur la rivière de la Mayenne, et la plus considérable estoit à La Maillanderie. Alors les marchands espagnols, qui venoient à Nantes pour la vente des marchandises de leur pays, descendirent jusques en la ville de Laval et y achetèrent quantité de toiles. Voyant cela, nos marchands lavalois firent acquisition de jardins, terres et prés sur les bords de la rivière et y établirent des lavanderies.
Ce fait se trouve relaté aussi dans la chronique en vers de Guillaume Le Doyen

Trois lavandiers il y avoit
Qui leur toile y blanchissoit
Sur la rivière devers Bootz
Où de toiles avoient beaux lotz.
Les Espagnols y descendoyent
Et leurs toiles cy achetoyent,
Dont il demeuroit grand argent
Qui soutenoit beaucoup de gent.


Le commerce de-Laval le plus riche, disent encore nos chroniques, est celui des toiles blanches, jaunes et écrues, qui se vendent dedans et dehors le royaume, dans celui d'Espagne principalement, et qui sont même portées avec succès par navires jusques aux places qui bordent la mer du Sud et aux Indes occidentales, d'où il revient fort souvent quantité de piastres et autre argent au grand profit des marchands, qui y ont aussi hasardé leur vie et leurs biens à l'aventure de cet élément.

vue de Laval

Jusqu'à l'époque de la Révolution de 1789, la fabrication, le blanchiment et le commerce des toiles furent en voie de prospérité dans notre pays. La population entière prenait part à cette industrie, qui fournissait un emploi avantageux aux capitaux des riches et un travail lucratif à la classe ouvrière. De là l'accroissement successif de la ville qui, dans l'origine, n'était qu'une bourgade bâtie sous la protection des remparts du château des seigneurs de Laval. Il y avait, en 1789, seize blanchisseries au tour de la ville et, de plus, celle de La Mazure à deux lieues plus loin, qui équivalait à dix autres. Elles pouvaient fournir au commerce de quinze à seize mille pièces de toile blanche par année. Château-Gontier, produisant des lins excellents, ne faisait que des toiles fines. Mayenne fournissait des toiles de doublures et aussi des mouchoirs de couleur. Laval, suivant le besoin, fabriquait des qualités diverses et fournissait en écru les blanchisseries de Beauvais, de Senlis et de Troyes. Lyon, Villefranche, Bordeaux y faisaient des commandes habituelles. Les toiles blanches étaient expédiées en immense quantité en Espagne et dans les colonies. Leur apprêt était, suivant l'occurrence, celui de Fiatidres, de Rouen, de Pontivy, de Quintin l'apprêt dit de Laval était appliqué aux qualités inférieures. Cela finit par devenir une cause de défaveur pour le commerce de cette ville. Les toiles de première qualité se vendant comme étant de Flandres, de Quintin, etc., on se persuada que Laval ne fournissait que des produits médiocres et les commandes se ralentirent successivement. Les secousses politiques aggravèrent le mal, et bientôt cette industrie fut entièrement ruinée, à ce point qu'à la halle de Laval on ne présentait au marché que sept mille pièces de toiles au lieu de quinze, vingt et vingt-cinq mille qui s'y étaient jadis vendues. Mais, tandis que la fabrique de Laval éprouvait cette défaveur, l'activité industrielle des Lavalois redoublait de zèle et tentait des voies nouvelles. Ce fut alors que s'établirent successivement les tissages de siamoises, de mouchoirs, de calicots, de coutils et d'autres tissus habilement variés d'après les exigences de la mode, et c'est ainsi que, malgré les crises politiques et financières qui sont venues trop souvent entraver l'industrie lavalloise, elle a toujours su combattre et surmonter les obstacles.
Divisée en deux parties par la Mayenne, qu'on y passe sur deux ponts, Laval présente aujourd'hui, grâce à ses voies nouvelles, bordées de belles constructions, un aspect agréable, la partie vieille de la ville a conservé son caractère, ses rues tortueuses, étroites, ses maisons surplombées. Les édifices les plus remarquables sont L'église de la Trinité, construite, dit-on, sur l'emplacement d'un ancien temple de Jupiter, érigée en cathédrale en 1855 l'église des Cordeliers, qui a une voûte en bois et entièrement peinte, trente-six colonnes, moitié en marbre rouge, moitié en marbre noir, dont douze, plus grandes que les autres, décorent le maître-autel ; l'église Saint Vénérand sur la rive gauche ; la préfecture, qui occupe un ancien couvent de. Terminons cette nomenclature en citant encore les jardins de Bel-Air et ceux de Sainte Férine ; la halle aux toiles, immense construction élevée sous les ducs de La Trémouille la place du Champ de foire, qui est auprès et dont on a fait une agréable promenade ; celle de Hardi, qui se présente au sortir de la porte Beucheresse. Le quartier environnant est le plus beau et en même temps le mieux habité de la ville. C'est là que réside la haute bourgeoisie, presque toute la noblesse de Laval.
L'ancien château, occupé successivement par les ducs de Laval et les sires de La Trémouille, s'élève sur les bords de la Mayenne, au milieu d'un triste amas de constructions ; il sert aujourd'hui de prison. Il se compose d'une grande cour servant de préau, de vastes pièces converties en cachots, d'une chapelle souterraine, d'une tour remarquable par sa magnifique charpente et d'une immense salle, jadis consacrée aux délibérations des vassaux quand il plaisait au seigneur suzerain de les convoquer. Une autre partie du château, aujourd'hui restaurée, a été convertie en palais de justice. La ville est ceinte d'un cordon de murailles fortifiées dont quelques parties sont encore assez bien conservées. Elle possède de belles et agréables promenades de la place de la Mairie, située ait centre de la ville, on suit les bords de la Mayenne jusqu'à Changé. Les bords de la rivière offrent les sites les plus pittoresques d'un côté sont des rochers et des coteaux en partie couverts de bois de l'autre, à la suite du quai, le chemin de halage traverse de magnifiques prairies toujours verdoyantes. Sur l'une des places de la ville, à l'entrée de la promenade de Changé, on a élevé, en 1840, une statue en bronze à Ambroise Paré, le créateur de la chirurgie, due à l'habile ciseau de David d'Angers
. A 2 kilomètres au nord de Laval et sur la route de Changé, la petite église de Price mérite l'attention des archéologues ; c'est un édifice très curieux que l'on regarde comme ayant été la première église de Laval et qui paraît dater XIIème siècle, ainsi que semblent le prouver les chaînes de briques que l'on remarque dans le gros œuvre. Cette curieuse église renferme un zodiaque peint sur l'arc de la voûte.



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