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Angers - Préfecture du Maine et Loire


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Carte d'Angers
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Angers

Angers (Andegavum Juliomagus Andium) Située à 302 kilomètres au sud-ouest de Paris, elle est bâtie en amphithéâtre, au-dessous du confluent de la Sarthe avec la Mayenne. L'histoire de cette ville se confond avec celle de la province dont elle était la capitale. Nous nous bornerons à mentionner ici ce qui, dans l'histoire générale du pays, se rapporte plus spécialement à la cité angevine. Juliomagus Andecavorum, ville puissante au temps des Romains, mais dont l'origine est incertaine, jouissait sous le régime des Césars des droits de bourgeoisie romaine elle eut son Capitole, dont quelques fragments subsistent encore, engagés dans des constructions plus modernes des thermes, un aqueduc, un amphithéâtre, appelé growan(arène), d'un nom celtique, et dont les derniers vestiges, connus dans le pays sous le nom de Grohan, ont été détruits, en 1802, sous le Consulat.
Des fouilles ont mis à découvert un grand nombre d'antiquités, de tombeaux, de médailles, qui suffiraient pour constater l'antique importance de la cité. Andegavia (ce fut le nom qui succéda, vers le Vème siècle, à celui de Juliomagus) vit encore s'accroître sa puissance dans les premiers siècles de la monarchie franque. Des édifices religieux, dus au zèle de ses évêques et à la piété des fidèles, s'élevèrent de tous côtés. Le clergé y posséda bientôt d'immenses richesses presque toute l'ancienne partie de la ville appartenait au chapitre de la cathédrale, qui était, en outre, possesseur de plusieurs seigneuries importantes dans les environs. Les revenus de l'évêque étaient encore plus considérables que ceux de son chapitre. Il faut dire à l'honneur de ces riches prélats qu'ils protégèrent constamment les lettres et les sciences. Sous leur protection, l'université d'Angers jeta un grand éclat ; on ne connaît pas la date de cette institution, mais nous la voyons au XIIIème Juliomagus siècle fameuse par le mérite de ses professeurs et déjà riche en privilèges de toute espèce.
Ce fut plus tard cependant, et surtout sous le règne tout artistique et littéraire du roi René, que les sciences et les arts fleurirent à Angers. Sous ce prince, des représentations théâtrales, des fêtes, des tournois donnèrent à la ville une existence brillante. Mais Angers dut à Louis XI des bienfaits plus positifs. Le fin roi, aussitôt après en avoir pris possession, se hâta d'augmenter le pouvoir de la bourgeoisie et de diminuer celui des nobles. Chose notable, Angers n'avait pas pris part à la révolution communale qui-avait déjà remué tant de villes de France. Ce fut Louis XI qui lui donna une municipalité, accordant la noblesse aux bourgeois élevés à ces fonctions, ainsi qu'à leurs enfants nés ou à naître, sans parler d'autres privilèges étendus à toute la cité. Le roi s'était réservé la nomination des premiers officiers municipaux ; mais leurs successeurs furent électifs, et ces élections avaient lieu tous les trois ans. Lors de la visite de Louis XI, on conservait à Angers quatre morceaux de la vraie croix, qui, réunis, formaient ce qu'on appelait la croix de Saint-Laud, du nom de l'église où on la conservait. Un serment prêté sur cette relique était sacré, et celui qui y manquait mourait inévitablement dans l'année. En prince bien avisé, Louis XI se gardait bien de jurer sur la précieuse relique mais il imposait volontiers cette épreuve terrible à ceux qu'il redoutait. Ce fut ainsi qu'il obligea son frère, le duc de Guyenne, à prêter serment sur cette croix, et le duc étant mort dans l'année, Louis XI affirma que sa mort n'avait pas eu d'autre cause que son parjure, quoique l'histoire le soupçonne d'avoir un peu aidé, en cette occasion, au miracle de la croix de Saint-Laud.

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Statue du Roi René

Angers reçut la visite des deux successeurs de ce prince, Charles VIII et Louis XII. Celui-ci vint accompagné d'un sinistre personnage, le fils du pape Alexandre Borgia, César, duc de Valentinois, qui étonna, par l'insolence de son faste, les bons habitants d'Angers. La visite de Charles VIII avait été préjudiciable aux intérêts de la municipalité d'Angers ce prince, prêtant l'oreille aux criailleries jalouses des nobles, avait réduit le nombre des officiers municipaux ; il confirma, du reste, ainsi que Louis XII, les privilèges que leur disputaient la noblesse et le clergé.
L'Anjou fut, au XVIèmel, siècle, une des premières provinces agitées par les calvinistes, et surtout par l'impitoyable répression qui prétendait étouffer les nouvelles doctrines. Un grand nombre de calvinistes furent exécutés à Angers, les uns par le bûcher, les autres dans des chaudières bouillantes. Mais à l'ouverture des états provinciaux ; en 1552, un gentilhomme, Charles du Lys, protesta énergiquement contre la persécution il s'ensuivit un affreux tumulte et un combat qui fut appelé la journée des mouchoirs, parce que les réformés, pour se reconnaître, avaient attaché leurs mouchoirs à leurs chapeaux. Cette mêlée fut châtiée avec une grande sévérité, qui tomba uniquement sur les calvinistes un gentilhomme fut décapité et plusieurs bourgeois pendus. Mais le calvinisme acquérait chaque jour de nouvelles forces, et, en 1561, les huguenots dévastèrent les églises malgré les efforts du prédicateur protestant Théodore de Bèze, qui réussit du moins à arrêter ces profanations. Ils occupèrent Angers pendant un an mais le capitaine catholique Puygaillard, s'étant introduit secrètement dans la ville avec quelques soldats, débloqua la garnison catholique réfugiée dans le château et chassa les calvinistes. Le duc de Montpensier arrive et fait pendre les réformés échappés à cette déroute, et un édit royal enjoint aux catholiques de courir sus aux fugitifs et de les mettre à mort ; c'était l'avant-scène de la Saint-. Barthélemy.
Le clergé semblait, malheureusement, à cette époque, justifier la Réforme par ses mœurs scandaleuses, et, en 1564, eut lieu un procès qui laissa un long souvenir dans le pays. Un chanoine Pierre Fréteau, de mœurs fort dissolues, avait pour maîtresse une bourgeoise que l'on appelait la belle Agnès. Celle-ci, jalouse de son amant, qui se piquait peu de fidélité, le mutila cruellement pendant son sommeil. Elle fut brûlée vive, et à la place où avait eu lieu l'exécution s'éleva une colonne de vingt pieds de haut, qui rappelait le crime et l'expiation. Charles IX vint visiter plusieurs fois Angers, et l'on a soupçonné que ce fut pendant un de ces voyages, en 11571, que fut arrêté le plan de la Saint-Barthélemy. L'assassinat du confident du roi, Villequier, accusé, dit-on, d'avoir trahi un secret d'État et tué en plein jour à Bourgueil, semble confirmer ces soupçons. Quoi qu'il en soit, le gouverneur d'Angers, Thomasseau de Cursay, refusa d'exécuter les ordres de la cour, quand vint l'heure de l'effroyable massacre. Mais Montsoreau, après avoir inondé de sang Saumur, vint à Angers ; il y tua plusieurs calvinistes. Cependant, l'opposition des magistrats l'empêcha de poursuivre l'exécution de son crime. Cette modération eut des imitateurs, et quand, aux états de Blois, un citoyen d'Angers, le publiciste Bodin, eut été nommé président du tiers état, ce fut lui qui fit arrêter par les états que le roi serait supplié de ramener ses sujets à l'unité catholique, mais sans employer la force ni les armes. Ajoutons que, peu de temps après la Saint-Barthélemy, ce fut vainement que le duc d'Anjou avait sollicité de François Bauduin, un des professeurs les plus illustres de l'Université d'Anjou, une apologie du massacre ; Baudum refusa.
Au XVIIème siècle, Gabriel Naudé, dans sa Théorie des coups d'État, et l'abbé Caveyrac, au XVIIIème siècle, devaient entreprendre cette scandaleuse justification de la trahison et de l'assassinat. À cette époque, une misère effroyable pesait sur le pays ; nous voyons, sous le gouvernement de Bussy d'Amboise, les marchands d'Angers s'aviser d'un expédient digne d'être mentionné. La tyrannie de Bussy avait fait fuir à Nantes les plus riches citoyens l'argent manquait. Pour y suppléer, les marchands, les cabaretiers, les artisans les plus connus firent une monnaie de parchemin, sur laquelle ils frappèrent le poinçon qui leur servait à marquer leur vaisselle d'étain. Ces pièces avaient cours entre eux, les unes pour un sou, les autres pour six liards. On le voit, au XVIème siècle, Angers avait déjà essayé des assignats. Angers, pendant les guerres de la Ligue, tint pour la sainte Union. Prise, reprise plusieurs fois par les divers partis, elle ouvrit enfin ses portes à Hénri IV, et ce fut dans cette ville qu'en 1598 Henri reçut en grâce le duc de Mercœur, le dernier ,champion de la Ligue dans l'Ouest. Depuis cette époque jusqu'à la Révolution, Angers n'offre point, heureusement pour sa prospérité, des événements aussi intéressants pour l'historien que, ceux qui avaient agité son existence pendant les siècles précédents. La rébellion de Marie de Médicis contre l'autorité royale, aisément comprimée; les troubles de la Fronde, qui causèrent quelques désordres à Angers; enfin, la détention au château du surintendant Fouquet, qui y fut conduit après son arrestation par le lieutenant de mousquetaires d'Artagnan, voilà les seuls faits un peu marquants que l'histoire de la ville présente au XVIIème siècle.

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Façade de la cathédrale Saint Maurice

Mais, pendant la Révolution, tous les malheurs des guerres civiles pesèrent sur cette ville infortunée. Les Vendéens y entrèrent en 1793, et les républicains reprirent la ville sans combat. Attaquée une seconde fois par les Vendéens, Angers les repoussa avec courage. Les conventionnels Talien, Bourbotte et Choudieu y avaient organisé la Terreur; elle y fut impitoyable. Le voisinage des champs de bataille y exaspérait les révolutionnaires, et les insurgés prisonniers y furent exécutés en grand nombre. Un moment menacé, en 1796, par la nouvelle insurrection conduite par Stofflet, elle vit la rébellion étouffée en peu de temps par l'énergie et l'habileté du général Hoche et ce fut dans le champ de Mars d'Angers que fut fusillé Stofflet.
En 1808, Napoléon visita la ville. On lui avait préparé une fête magnifique, à laquelle il n'assista pas. On sut plus tard quelles tristes pensées agitaient alors l'empereur ; il venait d'apprendre à Nantes la capitulation de Baylen, le premier échec infligé à ses armes toujours victorieuses, premier avertissement de la fortune qu'il ne devait point écouter.
Après la défaite de Waterloo, les Prussiens, au nombre de 5 000, occupèrent Angers sous la conduite du général Thielmann, qui imposa à la ville de fortes contributions. Située sur la Maine, Angers se divise en deux parties la ville neuve, propre, bien bâtie, et la vieille ville, dans la partie haute, et dont les rues sombres et étroites peuvent offrir un aspect curieux aux voyageurs amis des vieilles constructions-; les façades de quelques maisons, en bois ou en pierre, sombres et noires, plaquées d'ardoises, leur donnent cette apparence singulière que l'on remarque dans la fameuse rue des Juifs, à Francfort. Angers a conservé du moyen âge un admirable monument, sa cathédrale. Cette église, sous le vocable de Saint Maurice, n'a qu'une seule nef; mais cette nef est une des plus grandes qu'il y ait en France. La beauté de ses voûtes soutenues par des faisceaux de colonnes élancées, l'élégance de ses roses composées de vitraux éclatants, enfin l'absence de ces arcs-boutants qui, presque toujours, enlaidissent l'extérieur de nos anciennes églises, tout contribue à faire de ce monument historique un des plus beaux édifices du XIIIème siècle. L'église de Saint-7Serge et celle de la Trinité, commencées au xie siècle, et à la construction desquelles les siècles suivants ont contribué, se font remarquer également, l'une par sa belle nef du xv" siècle, et l'autre par sa construction originale. Angers possède encore un grand nombre d'églises anciennes ou modernes plus ou moins curieuses. Telles sont, entre autres, celles de Saint Laud, de Saint-Jacques, de Saint-Joseph, des Ursulines, des Carmélites, des Jésuites, du grand séminaire, de la Madeleine, de Saint-Martin, etc. Le château d'Angers, commencé sous Philippe- Auguste et terminé sous saint Louis, s'élève sur un rocher escarpé, à plus de 30 mètres, au-dessus de la Mayenne il est entouré de dix-huit grosses tours en pierre d'ardoise sombres et formidables. Il sert aujourd'hui de poudrière et de dépôt d'armes. On y voit une jolie chapelle qui date du XV Le lycée d'Angers est établi dans de beaux bâtiments, construits en 1780 par les frères des Écoles chrétiennes, qui en avaient fait une maison de répression pour les jeunes garçons réputés incorrigibles. Au pied du château s'élève la statue en bronze du roi René, par David d'Angers. Citons encore, parmi les monuments remarquables d'Angers, le vieux palais épiscopal, le palais épiscopal d'été, un beau temple protestant, l'hôtel de la préfecture, dans l'ancienne abbaye de Saint-Aubin ; l'hôtel de ville, le palais de justice, les halles, le théâtre, l'hospice Sainte-Marie; la chapelle de l'École des arts et métiers; le musée lapidaire, dans l'ancienne église de Toussaint; le musée archéologique, dans l'ancien Hôtel-Dieu; le musée d'histoire naturelle, le jardin botanique, et, parmi les vieilles maisons; l'hôtel gothique d'Anjou et le logis Barrault, vaste édifice de la Renaissance, occupé aujourd'hui par la bibliothèque et le musée municipal. Le musée contient une collection précieuse c'est la copie en plâtre de presque tous les chefs-d'œuvre dont un enfant d'Angers, l'illustre sculpteur David, a peuplé les deux mondes, et dont il a fait hommage à sa ville natale. Angers reconnaissante a donné à l'une des salles de son musée le nom du grand artiste.



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