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Saint Etienne - Préfecture de la Loire

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Plan de Saint Etienne
Saint Etienne

Saint-Étienne est une des plus importantes villes industrielles de France, sur le ruisseau du Furens, chef-lieu du département, de la Loire.
Voltaire a dit qu'il l'allait des siècles de prospérité pour qu'une ville s'accrût d'un dixième. De nos jours, la chose paraît plus facile témoin la ville de Saint-Étienne, qui, depuis le commencement du siècle, a vu quintupler sa population et centupler sa richesse.
Cette ville se vante d'une origine romaine. Cinquante-six ans avant notre ère, les Romains, à ce qu'on croit, vinrent habiter l'étroite vallée où elle est assise. Ils la nommèrent Furanum. Pendant la guerre des Gaules, Labienus, l'un des lieutenants de César, y cantonna une légion de vétérans et y fit construire une forteresse à Rochetaillée et un pont sur la Loire pour le passage des troupes. On en voit encore les restes à Saint-Just-sur-Loire. Plus tard, après la conquête, les Romains y élevèrent un temple à Jupiter. Déjà Furanum avait quelque importance, on y fabriquait des armes et des ustensiles de guerre. Au moyen âge, elle s'appelait Furens ou Furania ; et les comtes de Forez y avaient déjà un château sur le penchant du Mont-Dor, aujourd'hui Sainte-Barbe.
Vers le XIème siècle, ils y firent bâtir une église qui fut dédiée à saint Étienne, dont cette ville prit le nom. Alors simple bourgade, presque entièrement peuplée d'ouvriers forgerons et rubaniers, elle comptait à peine deux cents maisons, qui se groupaient autour de l'église. Un acte daté de 1410 fait mention de la commune de Saint-Étienne, gouvernée par des consuls au nombre de quatre.
Pendant la guerre des Anglais, Charles VII, en 1444, la fit clore de murs pour la mettre à l'abri d'une surprise. Il reste encore quelques vestiges de cette enceinte, qui était percée de quatre portes, dont la principale, celle de l'Est, s'ouvrait sur le Pré-de-la-Foire, lieu affranchi de tous droits seigneuriaux, et où se rendaient les marchands des environs. Ce Pré-de-la- Foire se trouve aujourd'hui au centre de la ville.
C'est en 1535, selon Duplessy, ou en 1516, suivant les chroniques de Saint-Étienne, qu'une manufacture d'armes y fut établie par l'ingénieur français Georges Virgile. Dans les guerres civiles du XVIème siècle, Saint-Étienne eut sa part de calamités. Coligny, le roi de. Navarre, le prince de Condé et Jean de Montgomery entrèrent « sur la fin du mois de may (1569), avec plus de neuf ou dix mille reistres, sans les compagnies françoises. Toute ceste armée demeura dans ladicte ville ou ez environs dix-sept jours, et firent faire le dégast à leurs chevaux, non seulement aux prairies, mais encore aux bleds qui estoient en herbe; ils tuèrent beaucoup de personnes, brisèrent toutes les croix qu'ils trouvèrent, bruslèrent les bancs du choeur de l'église, rompirent la plupart des cloches, de sorte que toute l'église estoit pleine de chevaux, et toutes les chapelles. Ils firent dans ladicte église mille sacrilèges et infamies ; ils en bruslèrent les portes, se chauffoient des tableaux, et, enfin, n'y laissèrent rien, sinon le fumier de leurs chevaux ; de sorte qu'elle sembloit une estable ou grange. Leur séjour dans ladicte ville y laissa telle infection, qu'on y prit une maladie populaire qu'on nomma la picorée, qui estoit presque autant irrémédiable et soudaine que la peste. » Coligny y tomba malade. On dit que « le doulx leu d'amour n'avoit esté estrangel' à sa maladie. »
Il y eut à Saint Étienne des pourparlers entre les chefs des deux partis; mais on ne put s'entendre. Coligny, en quittant cette ville, y établit un prêche qui subsista fort longtemps.
Après le massacre de la Saint-Barthélemy, Jean de Saint-Priest, seigneur de Saint-Étienne, ayant à se venger des protestants, qui, en 1562, l'avaient fait prisonnier leva une compagnie de cent pistoliers, et se mit en campagne. Comme le baron des Adrets, « il se faisoit un jeu de la vie de ses ennemis. Ayant forcé-un jour la garnison de Saint-Pal-de-Murs à lui ouvrir les portes de ce château, à condition qu'elle auroit vies et bragues sauves.» il fit passer au fil de l'épée presque tous les défenseurs de la place, n'en réservant que six qu'il emmena à son château de Saint-Priest où ils furent massacrés. Puis, ayant mis leurs cadavres mutilés sous une charrette, il les fit porter à Saint-Étienne sur la place du Pré de-la-Foire, afin d'effrayer les religionnaires. Aux guerres civiles et religieuses succédèrent la famine et la peste, qui, en 1585, enleva à la ville plus de 7 000 habitants. Ses désastres réparés, grâce à la paix et à l'activité de son industrie, Saint-Étienne voyait sa prospérité s'accroître, quand la peste y reparut avec une violence toute nouvelle. Un chroniqueur de la ville a porté à 12,000 le nombre des victimes de cette épidémie, qui sévit pendant près de dix-huit mois avec une rigueur inconnue de 1628- à 1629. Réduits, par la cessation du commerce et l'interruption des communications, à la plus affreuse misère, les ouvriers désertèrent la ville. Au milieu de ce désastre, ses trois consuls firent, le 21 novembre 1629, avec les habitants, le vœu solennel de célébrer à jamais comme dimanche la fête de la Présentation de la sainte Vierge, et de faire ledit jour à perpétuité la procession générale. Un tableau, placé dans la grande église, représente ces trois hommes généreux, vêtus de leur costume consulaire et faisant le vœu, au nom de leurs concitoyens. Après les calamités de la peste, Saint-Étienne eut à subir l'oppression de son seigneur, le marquis de Saint-Priest. Ce tyranneau féodal avait pris le titre de haut justicier, fait abattre les armes de la ville et établi des impôts extraordinaires; en vain les consuls portèrent plainte au juge châtelain ; ne pouvant obtenir justice, ils recoururent à la cour des Grands-Jours qui siégeait à Clermont, en 1665, demandant qu'il fût ordonné que la police de la ville fût à l'avenir exercée par lesdits consuls et habitants, sans que les officiers ordinaires du seigneur pussent s'ingérer des faits d'icelle, que défense fût faite audit seigneur d'exiger, à l'avenir, desdits habitants aucune corvée ou charrois, sous quelque prétexte que ce pût être, comme aussi d'exiger des revendeurs, revenderesses et marchands forains en la place de la foire, aucune somme de deniers, à peine de concussion ; que les armes de la ville fussent rétablies aux mêmes endroits où elles étaient posées, etc. La cour fit droit aux plaintes des consuls et condamna le seigneur de Saint-Priest à se voir la tête tranchée sur la place du Pré-de-la-Foire; mais le marquis parvint à se dérober au châtiment en 1667; toutefois, cinq ans après, il expirait misérablement sur une botte de paille, dans une obscure maison de la ville. Déjà son château avait été détruit par la foudre.
Ainsi délivrée et constituée en commune par un édit du roi, la ville de Saint-Étienne devenait florissante. Régie par six échevrins électifs, outre ses compagnies de l'arbalète et de l'arquebuse, elle avait une milice urbaine, divisée en 6 compagnies, et pour chacune deux cents hommes à pied. D'après un recensement de cette époque, la ville comptait une population de 27,000 habitants, parmi lesquels 2,858 contribuables, payant la grande taille ; 300 couteliers, 50 fabricants de canons de fusil, 600 armuriers, 40 quincailliers, 30 fabricants de rubans, 20 mouliniers ou préparateurs de soie, 4 teinturiers, etc. C'était le grand règne, et l'industrie stéphanaise avait pris un grand essor, surtout les fabriques d'armes de chasse et de luxe ; de tous côtés, les étrangers affluaient dans la ville et ses produits s'exportaient dans le monde entier; cependant, à la révocation de l'édit de Nantes, sa prospérité subit un moment d'arrêt.
Saint-Étienne, qui avait tant souffert sous le régime féodal, dut saluer avec joie la Révolution de 1789.
Chef-lieu d'un district du département de Rhône-et-Loire, lors de la nouvelle division de la France en 1790, il fit partie, en 1793, du département de la Loire et prit le nom d'Armes-Ville ou commune d’Armes. Cependant, si son industrie rubanière se ressentit de ces jours d'orage, sa fabrication d'armes ne se ralentit pas. Cette fabrication, qui existait déjà au commencement du XVIème siècle, avait pris depuis un accroissement rapide en 1764, elle produisait 3,000 armes de guerre; en 1773, 23,000; en 1868 près de 100,000; en 1833, 150,000; en 1868, environ 200,000; après 1870- 1871, le nombre des chassepots fabriqués par jour s'élevait à près de 1,000; mais depuis le travail s'est ralenti.


Note

Aujourd'hui, Saint-Étienne est le chef-lieu du département de la Loire. Un moment troublée par le contre-coup des événements de la Commune, en 1871, elle a repris son calme et son activité. C'est la ville la plus importante du centre de la France. Située au centre de vastes mines de houille, à la jonction du chemin de fer de Lyon à Saint-Étienne et de ceux qui communiquent de cette ville à Andrézieux et à Roanne, sur le Furens qui, dans un cours de 12 kilomètres, fait mouvoir plus de cent usines pour le fer et l'acier, dans un vallon, peu profond, au pieds de la chaine des montagnes du Pilat. Elle est environné au nord et au midi par des prairies sur un terrain plat et humide sur une distance d’environ 5 kilomètres. Son horizon n’est pas très étendu ; il est limité, sur chacun de ces points, par des coteaux qui, en quelques endroits, la cernent de si près qu'elle se trouve en partie sise sur leur penchant. Le paysage assez triste, semé çà et là de quelques arbres solitaires la végétation est faible et languissante. Mais la stérilité des coteaux est rachetée par les richesses intérieures que la nature y a placées et par l'aspect des prairies dans les petites vallées environnantes et où serpentent des ruisseaux. Jadis les Stéphanais habitaient dans des maisons basses, humides, peu aérées ; mais peu à peu ils ont agrandi leurs habitations et accru leur bien-être. Si la vieille ville est mal bâtie, la ville neuve a de fort belles constructions, de vastes places, des rues larges et bien percées, de charmantes promenades ombragées d'ormes, etc.
C'est ainsi qu'un petit bourg du XVème siècle est devenu, au XIXème, une grande ville, grâce à l'activité de ses habitants, à ses nombreuses manufactures et à l'abondance de ses mines de houilles. « Le voyageur qui visite Saint-Étienne, dit M. Villermé, est fort étonné de trouver des ateliers de rubans et de passements de soie dans cette ville où tant de forges alimentées par la houille vomissent continuellement dans l'atmosphère une fumée noire et salissante. Il semble d'abord que la confection si propre, si délicate de ces rubans, et les ateliers sans nombre de dévidage et d'ourdissage de la soie ne puissent être trop éloignés de lieux si enfumés, où l'on fond des métaux, où l'on fabrique des bêches, des pioches, des enclumes, des sabres, des baïonnettes, etc. ; et l'on a peine à concevoir comment des industries qui s'exercent sur des matières et dans des conditions si différentes ne s'excluent pas l'une l'autre. Aussi, depuis quelques années, les ouvriers en rubans quittent-ils l'intérieur de la ville pour aller demeurer, à une petite distance, dans des maisons nouvellement construites pour eux, très souvent par eux-mêmes, et où les ateliers d'armes, de taillanderie, de quincaillerie ne les suivent point.
Ils y sont encore déterminés par le désir de se soustraire aux octrois levés sur leurs aliments et leurs boissons à l'entrée de la ville. »
Il y a à Saint-Étienne quatre églises. Une seule se recommande par son antiquité, que l'on fait remonter au temps de Childebert. Outre son immense extraction de houille, Saint Étienne produit une prodigieuse quantité de rubans, de tissus mécaniques, de pièces de forge, faux, lames de scie, etc. Sa manufacture d'armes, placée sous la direction d'un corps d'officiers d'artillerie, est la seule où les canons de fusil subissent une épreuve légale attestée par un poinçonnage particulier.

La fin d’une époque

Manufacture d'armes de Saint Etienne

Au XXème siècle, la fabrication des armes légères suit les époques de guerre, de paix, d'occupation, et selon les circonstances de crise, décolonisation et pacification.
En 1963, la fabrication se diversifie vers trois secteurs d’activités, du matériel pour l'équipement des blindés (tourelles de véhicules blindés), la production d’armes antichars (lance-roquettes, grenades et éléments de missiles) et enfin du matériel de protection (matériel de détection, et de décontamination nucléaire et chimique). Mais la baisse permanente des commandes entraîne une diminution des effectifs passant de plus de 11 000 en 1940 à 2 200 en 1981. GIAT industries reprend les rênes de la manufacture en 1989. En 2001, la Manufacture d'armes de Saint-Étienne ferme définitivement ses portes.

Manufrance est une célèbre et emblématique entreprise stéphanoise. Manufrance était le nom commercial pour la Manufacture française d'armes et cycles de Saint-Étienne, une société française de vente par correspondance qui était située dans la ville industrielle de Saint-Étienne, créée en 1885. Ce fut la première société de vente par correspondance française. Elle était essentiellement spécialisée dans les fusils de chasse (Robust, Falcor, Idéal, Simplex) et les bicyclettes (Hirondelle), mais elle a aussi vendu d'autres produits, allant de la canne à pêche aux articles ménagers, comme des horloges murales. La plupart des produits vendus par Manufrance étaient fabriqués par des fabricants extérieurs, puis étiquetés et vendus au détail sous l'étiquette Manufrance. La société est mise en liquidation judiciaire en 1985. L'activité renaît sous l'impulsion de Jacques Tavitian en 1988.



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