# # # # # # Bouton

Mont de Marsan - Préfecture des Landes

(Retour au Département)

Plan de Mont de Marsan
Mont de Marsan

Mont de Marsan (Martianum, Mons Martiani)Les débris d'un vieux temple de Mars, qui se voyaient sur la colline qui domine le confluent de la Douze et de la Midou, out fait donner le nom de Mont-de-Marsan à la ville qui s'éleva en cet endroit. Cette ville doit son origine à Charlemagne, d'après une vieille charte romane manuscrite. A son retour de sa malheureuse expédition d'Espagne, ce monarque, passant par le pays des Landes et voulant établir sa puissance dans ces contrées récemment bouleversées, y créa, sous le nom de proconsulies, plusieurs divisions administratives.La charte dit « Il forma aussi la proconsulie de Marsan et lui bâtit une capitale le long de la Douze et de la Midou, sur les ruines du temple ou de la citadelle de Mars.» Charlemagne avait fortifié Mont-de-Marsan et l'avait remplie d'hommes de guerre. Sans doute son dessein était de l'opposer, comme une défense, aux attaques qui venaient soit des Pyrénées, soit de l'Océan.
En 841, les Normands remontèrent l'Adour et la Midouze, probablement plus navigable alors qu'aujourd'hui, et assiégèrent la place. Le seigneur Déodat de Lobanner s'y était enfermé avec des troupes nombreuses. Il fit avec succès plusieurs sorties et brûla la flotte des pirates. Mais ceux-ci finirent par s'emparer de la ville, la détruisirent, en dispersèrent les débris et promenèrent la charrue à la place qu'elle avait occupée. Au reste, leur victoire, déjà si vaillamment disputée, fut encore payée cher par eux pendant la retraite, et il faut convenir que peu de provinces de France déployèrent autant de courage contre les terribles enfants de la Scandinavie. Attaqués en chemin par le fils de Lobanner, puis par le duc de Gascogne et le comte de Bigorre, ils perdirent une partie de leurs guerriers et de leur butin.
Mont-de-Marsan avait disparu pour trois siècles. Des forêts sauvages recouvraient son territoire, et les ravages des brigands qui s'y réfugiaient avaient fait donner à ce lieu le surnom de Maïï-Pas(mauvais pas). La famille de Lobanner s'était retirée au château de Roquefort, et ce ne fut qu'en 1141 qu'elle eut enfin l'idée de reconstruire la ville anéantie par les Normands. Un certain Bérenger de Cantaloup était en possession du territoire, et Pierre de Lobanner fut obligé d'en acheter la cession, comme l'atteste un contrat écrit en langue romane et dont voici la traduction :

Cette statue représente Marianne, symbole de la France, remerciant les Etats Unis d’Amérique pour leur participation à la Guerre de 1914 – 1918 et pour avoir aidé la France dans la Victoire !

« Moi, vicomte, dit Pierre de Lobanner, j'ai résolu de rebâtir le chef-lieu de la vicomté, et cé serait vraiment une honte si cet établissement avait lieu sur d'autres terres que celles qui ont été désignées par l'empereur Karl. Je viens donc à vous, requérant la vente des terres du Cap-de-Mards, c'est-à-dire toute l'étendue du terrain d'en bas, depuis les paroisses de Nonères, de plus le terrain de Bésart, compris entre les rives de la Douze et du Midou, à droite et à gauche jusqu'à leur jonction avec les jardins les trois habitations qu'ils renferment, les ruines de la citadelle de Mards, que les Normands ne purent enlever; en y ajoutant les terres au midi, de l'autre côté du Midou, avec les grandes fontaines, les cinq habitations, les jardins dans le bas, depuis l'extrémité du terrain de Bésart, au nord des rigoles du Mont-Saint-Pierre; y' compris encore les terres d'en bas de l'autre côté de la Douze, exposées au midi, depuis la fontaine de la Dreyre jusqu'à la jonction de la Douze et du Midou. »
A quoi Cantaloup répond « Nous faisons serment que, n'étant en rien ni contraint, ni déçu, ni trompé, ni foué, ni trahi, ni par crainte, ni par mauvaise circonvention, ni machination à ce faire amener ni conduit ; mais de notre spontanée liberté et science certaine le faisons, et cela pour tous nos hoirs à venir, nos successeurs et toute notre lignée pour les siècles des siècles, et ainsi avons laissé, abandonné, résigné, et à vous, notre vicomte, transporté aujourd'hui en légale donation lesdites terres de Mars, et à votre mandement, notre puissant seigneur, nous vous en faisons possesseur. »
En prenant possession du territoire concédé, Pierre de Lobanner prononça ces paroles solennelles « J'atteste votre âme, ô empereur Karl, que, voulant réédifier cette ville au même lieu où vous l'aviez bâtie, en faveur du premier de notre race, je le fais par gratitude et en votre honneur, comme bienfaiteur de notre lignée. Que le Dieu tout-puissant tienne aussi votre âme en sa paix, notre auteur Déodat de Lobanner nous attestons que voulons rebâtir cette cité dans l'endroit même où la renommée vous proclamera dans tous les siècles, à cause de vos travaux merveilleux dans les terres étrangères qui possèdént vos os. Les larmes de vos fils ne les accompagnèrent pas au tombeau, mais votre lignée et les hommes de Marsan les auront en mémoire éternelle. Soyez en paix, Déodat ! » Et tous les habitants, le genou en terre, se sont écriés Soyez en paix, Déodat « Cela dit, nous avons jeté dans les airs, en signe de saisine, quatre poignées de terre, la première au levant, l'autre au midi, la troisième au couchant et la dernière au nord. Puis, dans les parties qui furent incendiées, nous avons creusé la terre et nous y avons mis des pierres, des charbons, des monnaies marquées, des réaux d'or et d'argent, ainsi que des vicomteaux noirs, et le tout de nos propres mains aplani. »

Donjon Lacataye - Mont de Marsan

Peu de villes ont été fondées ou rebâties avec plus d'authenticité et de solennité. Celle-ci recruta ses habitants parmi ceux des bourgs de Saint Pierre et de Saint-Genès, qui descendaient eux-mêmes de l'ancienne population de Mont-de-Marsan. Cette émigration amena une rivalité entre l'abbé de Saint-Sever et l'évêque d'Aire. L'abbé, de qui dépendait le bourg de Saint-Genès, prétendait à la possession de l'église de Mont-de-Marsan ; l'évêque y prétendait en vertu de ses droits épiscopaux. Ils s'accommodètent tous deux au concile de Nogaro, où l'évêque se désista moyennant 130 sols morlâs. En même temps qu'il rebâtissait la ville, Pierre de Lobanner restaura l'ancienne abbaye de Saint-Jean de-la-Castelle. Il éleva aussi un fort pour protéger le Maii-Pas, qui cessa dès lors de mériter son nom.


Note

Plus tard, Gaston-Phoebus, comte de Béarn, héritier des Lobanner, en fit construire un autre pour contenir l'humeur, à ce qu'il paraît, trop remuante des habitants et le baptisa Nou li bos (Tu ne l'y veux pas), à peu près comme Anne de Bretagne nomma sa fameuse tour Quiquengrogne. C'est lui aussi qui fonda, en 1270, de concert avec sa femme Amate, le couvent de Beyries ou de Sainte-Claire, auquel il concéda de nombreuses redevances sur la ville et le pays environnant.
L'histoire de Mont-de-Marsan est peu féconde en faits importants. En 1268, il s'y tint une assemblée de seigneurs et d'évêques qui ratifia et fit exécuter les donations promises à Constance, fille de Gaston, lorsqu'elle avait épousé Henri d'Allemagne. Au XVIème siècle, François Ier vint à Mont-de-Marsan c'est là, le 6 juillet 1530, dans l'église du couvent de Sainte-Claire, qu'il épousa Éléonore de Portugal. C’est là que ses enfants, retenus en otage par Charles-Quint, lui furent rendus, là enfin qu'il connut Mademoiselle d'Heilly, si célèbre plus tard sous le nom de duchesse d'Étampes. Mont-de-Marsan eut dans le même siècle une autre visite royale Jeanne d'Albret, qui se rendait dans le Béarn pour y aller faire ses couches, s'arrêta dans cette ville en 1553. Les habitants lui offrirent une barrique de vin. Plus tard, se souvenant de ce bon accueil, elle leur accorda toutes sortes de franchises et confirma leurs coutumes, qui les exemptaient de tout impôt que les états n'auraient pas consenti.
Ce n'était pas là le seul avantage que ces coutumes procurassent aux citoyens de Mont-de-Marsan. Leurs maires et leurs jurats avaient eu de tout temps la connaissance des crimes et exerçaient, la justice haute, moyenne et basse. Leur charte, publiée en 1604, leur reconnaît le droit de faire des règlements de police, de convoquer les habitants sans attendre le commandement du roi et du vicomte, afin de s'imposer à volonté. Les calvinistes étaient-nombreux à Mont-de-Marsan. De bonne heure ils prirent les armes, brûlèrent les croix et les images et détruisirent les couvents.

La préfecture de Mont de Marsan

Les religieuses de Sainte-Claire, voyant leurs murs escaladés, n'eurent que le temps de se sauver avec les reliques et les objets sacrés. Leur monastère fut brûlé et démoli. Quand la paix de 1563 fut rompue, ce furent les catholiques qui prirent l'avantage sous la conduite du seigneur de Ravignan. Les protestants furent emprisonnés. Relâchés peu de temps après par le lieutenant du roi, ils recommencèrent leurs violences, si bien que le sénéchal Flamarens vint en personne occuper le château. Pour faire-cesser les querelles religieuses, Henri de Navarre, dès 1578, donna aux habitants un règlement conforme aux principes de tolérance d'après les quels il donna plus tard à toute la France l'édit de Nantes. « Ayant égard, y est-il dit, au nombre des habitants d'une et d'autre religion, ordonnons que les principaux d'entre eux, convoqués par le maire et les jurats, éliront trente personnages des plus idoines, capables et qualifiés qui se trouveront en ladite ville, tous natifs et originaires d'icelle, si faire se peut, dont les vingt seront catholiques et les dix de la religion réformée, lesquels trente seront qualifiés conseillers de la ville et feront l'office des affaires qui se traiteront à la maison commune, leur vie durant. Ces conseillers présenteront douze candidats, dont huit catholiques et quatre protestants ; les jurats nommeront parmi eux le maire, mais il doit être confirmé par le roi. » Ce règlement fut renouvelé en 1584 avec quelques dis- positions nouvelles. L'une d'elles établissait que le père et le fils, le beau-père et le gendre, les deux frères ne pouvaient siéger ensemble parmi les jurats, une autre condamnait à vingt sols d'amende le maire et les jurats qui ne se rendraient pas exactement à l'assemblée au son de la cloche.
Le dernier acte des guerres religieuses, sous Louis XIII, fut fatal à Mont-de-Marsan comme à bien d'autres villes. Les protestants s'en étaient emparés. Les troupes royales arrivèrent et se rendirent maîtresses du château, qui fut démoli par l'ordre du roi. Au reste, les habitants tenaient peu, ce semble, à la force de leur cité, car ils prêtèrent eux-mêmes leurs bras à ce travail et remplacèrent leur citadelle par une promenade. Ils furent encore entraînés un instant dans la révolte pendant la Fronde ; mais, dès que le comte de Raillac parut dans leur ville, ils jurèrent fidélité à la cause royale. Bientôt ils accueillirent dans leurs murs le monarque, dont l'autorité triomphait par toute la France. Louis XIV revenait de Saint-Jean-de-Luz accompagné de Marie-Thérèse, dont il venait de recevoir la main.
Au commencement du XVIIème e siècle, la vicomté de Mont-de-Marsan était devenue pays d'états, et l'assemblée se réunissait à Mont-de-Marsan. Outre ce changement tout à son avantage, cette ville en subit quelques autres dans sa constitution. Ceux qui furent opérés sous Louis XIII ne paraissent pas avoir été dirigés contre les libertés municipales. Au contraire, le maire devint électif et annuel; les officiers municipaux ne purent être réélus qu'après quatre ans d'intervalle, dispositions qui ne sembleraient pas indignes d'une république du moyen âge et qu'on ne rencontre pas sans quelque étonnement sous le gouvernement de Richelieu. Mais il faut reconnaître que Richelieu ne s'attaqua guère qu'aux choses qui menaçaient le pouvoir royal d'un véritable danger, l'indépendance des seigneurs et des provinces, les murs des villes et les châteaux forts. Il se montra moins hostile aux inoffensives institutions municipales, dont la royauté n'avait rien à craindre.
Louis XIV alla plus loin son pouvoir n'ayant plus d'ennemis sérieux à combattre à l'intérieur, il poursuivit par instinct, jusque dans le moindre détail, tout ce qui offrait quelque apparence de liberté et mit sous sa main tout ce qui n'émanait pas directement de sa puissance. C'est ce qu'il fit à Mont-de-Marsan lorsqu'il transforma en charges vénales et héréditaires les fonctions jusque-là temporaires et électives.

Mont de Marsan en fête

Le dernier acte de l'ancienne municipalité de Mont-de-Marsan dont nous ayons connaissance est la demande qu'elle fit au gouvernement d'être autorisée à détruire ses murs, dont l'étroite enceinte ne pouvait plus contenir aisément sa population augmentée. Ce fut le maréchal de Montrevel qui fut chargé de répondre, et nous avons sa lettre datée de 1726. « Votre ville, messieurs, écrivit-il, est trop ouverte de tous côtés pour que le service du roi puisse être intéressé en vous permettant de faire l'ouverture que vous demandez depuis la tour du château jusqu'au jardin du sieur de Prugne, puisque cela pourra contribuer à diminuer les maladies que le défaut de promenades pour prendre l'air vous procure, à ce que pensent trois médecins et vos habitants. Vous pouvez donc vous donner ce soulagement. » Les murailles furent ouvertes aussitôt, et l'on fit des plantations qui formèrent la gracieuse promenade connue sous le nom d'Allées Montrevel. C'est dans ces allées que fut célébré, le 14 juillet 1790, autour d'une immense table en fer à cheval, le banquet patriotique en l'honneur de l'anniversaire de la prise de la Bastille. Mont-de-Marsan était devenu alors le chef-lieu du département des Landes.
Pittoresquement situé au milieu de bois de pins et de landes, au pied d'un coteau sur lequel s'élève la gare, Mont-de-Marsan est le centre commercial du pays, comme il l'était autrefois. Aujourd'hui, comme il y a deux siècles, c'est l'entrepôt des vins et des eaux-de-vie de l'Armagnac, et une route nouvelle a même facilité ses communications avec ce pays. Elle reçoit aussi les vins et les blés de la Chalosse, les bois et les résines des Landes. Par la Midouze, dont le lit a été amélioré de nos jours, et surtout parle chemin de fer, elle communique avec Bordeaux, Dax et Bayonne ; par ses belles routes plantées d'arbres de haute futaie, avec Roquefort, Tartas, Aire et Saint-Sever. On s'étonne après cela qu'une ville si avantageusement partagée ne compte pas beaucoup plus de 9,310 habitants. D'un autre côté, on se demande comment une ville si peu peuplée a pu se pourvoir de si nombreux établissements d'utilité publique, qui en font une des villes importantes du Midi. L'hôpital, l'église, la halle, la préfecture, la place, le tribunal, les casernes, les prisons, les ponts sont autant de constructions modernes fort convenables. La promenade appelée Pépinière est un délicieux labyrinthe de verdure auquel la Douze sert de ceinture. Il est fâcheux que les pins qui bornent l'horizon empêchent le regard de s'égarer au loin sur les vastes landes. Du reste, à part quelques tours carrées romanes, point d'antiquités à Mont-de-Marsan ; ni vieux châteaux, ni vieilles églises. Il paraît que lorsque l'on démolit le château on trouva dans l'épaisseur d'une muraille de vieilles chartes écrites sur parchemin en latin, en français et en gascon. Après en avoir extrait ce qu'on put lire, on les mit dans une urne bien scellée, qui fut placée dans les fondations de l'hôtel de la préfecture.



Plan du site - Moteur de recherche | Index Général | Page Aide | Contact © 2017.