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Tour - Préfecture de l'Indre et Loire


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Carte du diocèse du Puy en Velay
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Le Puy en Velay en 1607

La même incertitude existe sur l'origine de la ville et de son nom que sur celle des habitants. Laissons de côté la fable de Turnus, en remarquant cependant la consistance que cette fable avait prise à Tours au moyen âge, puisqu'on y représenta le mystère de Turnus à côté de ceux des saints. La ville paraît avoir eu peu d'importance quand vint César. Agrandie ou plutôt créée par lui, elle porta son nom, Cesarodunum, qu'elle ne quitta que vers la fin de l'empire romain pour reprendre celui de Ticronica civitas, à l'époque où elle s'associa aux efforts des provinces voisines pour reconquérir l'indépendance. Où s'élevait la ville celtique? où s'éleva la ville romaine Après beaucoup de discussions, personne n'en sait rien. Les uns optent pour la rive droite et le plateau de Saint-Symphorien, les autres pour la rive gauche et la plaine. Vivifiée par l'administration romaine, si bien située sur le plus vaste cours d'eau de la Gaule, sur cette Loire qui portait les produits de la Gaule méridionale et de l'Italie à Nantes, à l'Armorique, à la Bretagne, la nouvelle cité prospéra. Elle devint même en partie romaine, car beaucoup de familles du Latium, attirées par les gouverneurs de la province, vinrent s'y établir. Adrien la visita et lui confirma le titre de ville libre, comme l'attestent des débris de monuments élevés dans le pays en son honneur et retrouvés plus tard. Elle eut ses décurions, son princeps senatus, son defensor, son susceptor (percepteur), son irénarque (sorte de commissaire de police). Elle eut sa basilique, qui servait de tribunal et de bourse, ses thermes, son académie, son amphithéâtre, son palais impérial, son ,temple. Tout cela a passé; on en cherche aujourd'hui la place. En 1828, des ouvriers, en creusant le canal de jonction de la Loire au Cher, ont trouvé des urnes et autres objets funèbres de même, en 1840, les fouilles faites à l'emplacement du palais de justice que l'on allait construire amenèrent la découverte d'amphores, cuillers, lampes, meules de moulins à bras, jouets d'enfants, et surtout d'un miroir métallique aussi brillant que s'il eût été poli la veille le tout au milieu des cendres et de débris calcinés, qui nous parlent sans doute des Alains ou des Wisigoths.
Pauvre héritage de la civilisation romaine. Mais Tours en avait reçu un autre, moins fragile et moins éphémère, le christianisme. Saint Gatien donne aujourd'hui son nom à la cathédrale, et on le considère comme le premier patron de la ville, quoique son existence ait été mise en doute par des hommes très savants et très pieux. Grégoire de Tours l'a admis, après quelque hésitation. L'apôtre véritable, populaire du christianisme dans la Touraine est saint Martin, l'un des propagateurs, des défenseurs les plus ardents de l'orthodoxie contre l'arianisme dans la Gaule. Né sur les confins de la Pannonie, Martin fut d'abord soldat parce que son père était tribun militaire. Ses parents étaient païens, mais lui se fit chrétien à dix ans. A dix-huit, déjà avancé en grade, il rencontre un pauvre homme qui grelottait sur la route il avait déjà tout distribué, hormis son manteau ; il le déchire en deux et en donne la moitié au pauvre homme. La nuit suivante, Jésus-Christ lui apparut au milieu des anges, lui disant « Voici Martin qui m'a recouvert. » Le lendemain, Martin se fit baptiser et entra dans les ordres. Il convertit sa mère, toute sa famille, moins son père, vieux païen endurci puis il obtint du grand saint Hilaire le petit terrain de Locociagum, Ligugé, près de Poitiers, où il fonda le premier monastère qui se vit dans les Gaules. Quand on lui offrit le siège épiscopale Cæsarodunum, devenu vacant, il le refusa si obstinément qu'on fut obligé d'employer la ruse. Un habitant de la ville l'alla trouver tout pleurant, lui dit que sa femme se mourait et désirait le voir. Le saint partit dans sa charité ; mais quand il arriva, au lieu d'une femme mourante, il trouva le peuple assemblé, qui le fit évêque malgré lui en 374. Il eut bien dans l'Église quelques ennemis qui s'y opposèrent, sous prétexte qu'il était sale sur sa personne et malproprement vêtu ; de quoi, au contraire, le saint se glorifiait par humilité chrétienne. Il fit un grand nombre de fondations religieuses entre autres, à 3 kilomètres de Tours, l'abbaye de Marmoutier (majusmonasterium), dont il reste encore des ruines intéressantes. Il s'efforça de purifier la religion naissante des superstitions et des erreurs qui pouvaient la souiller.
Par exemple, près de Tours, les précédents évêques avaient désigné à la vénération des fidèles un lieu où reposait, disaient-ils, un martyr. Martin eut des soupçons sur l'authenticité de ce martyr. Il se rendit au tombeau, pria Dieu de lui faire voir l'homme enterré là. Alors une ombre apparut ; Martin lui ordonna de parler, et les fidèles entendirent sa voix ; ils ne le virent point, à la vérité, mais le saint le vit fort distinctement et reconnut en lui un brigand fameux. Il désabusa le peuple de ce culte si mal placé. Il faisait aussi une guerre courageuse aux restes de l'idolâtrie. Un certain arbre, dans le voisinage, recevait les hommages impies des prêtres païens et des paysans. Martin le fait couper ; mais les paysans s'assemblent, le menacent, exigent qu'il soit lié à l'arbre qui chancelle ; il y consent, et déjà l'arbre penche sur lui, va l'écraser, quand une ardente prière sort de son cœur un vent s'élève et pousse de l'autre côté l'arbre, qui écrase la moitié des païens ; les autres se convertirent. Les fils des vêtements du saint homme guérissaient les infirmes un jour il embrassa un lépreux, et sa lèpre disparut ; une lettre de lui appliqueée sur le sein d'une jeune fille la guérit d'une grosse fièvre quarte. Tous ces faits nous sont attestés par Fleury. Aussi, l'on appelait saint Martin le grand thaumaturge des Gaules. Ses restes furent déposés près de Tours dans une église qui lui fut consacrée et qui devint le centre de la ville nouvelle de Martinopolis (plus tard Châteauneuf), réunie à Tours au XVIème,siècle. Quelques-uns de ses disciples furent chargés de veiller sur ses reliques, et ce fut l'origine du chapitre de Saint-Martin, qui compta jusqu'à deux cents membres et dont plus tard le roi de France fut le premier dignitaire. Sa renommée était telle que les Gaules l'adoptèrent pour patron, et que de toutes parts les pèlerins accoururent apportant de riches offrandes. Son successeur fut saint Brice, que les habitants abusés expulsèrent, parce qu'il avait eu commerce, disaient-ils, avec sa servante. Brice fit apporter l'enfant, qui n'avait que trois jours, et lui dit « Suis-je ton père? » L'enfant répondit d'une voix forte « Tu n'es pas mon père. » Pourtant Brice fut exilé et ne rentra que plus tard, son innocence ayant été reconnue. Son corps fut déposé dans une châsse d'argent, œuvre de saint Éloi, avec cette épitaphe « In hac urna est positum sanctum et venerabile corpus B. Bricii. Post XLVII episcopatus sui annum angelicamvitam agensvirgo obiit. »
Tel fut le brillant début de l'histoire religieuse de Tours, qui dut sa principale illustration, pendant presque tout le moyen âge, à ses pieux évêques, et qui fut plusieurs siècles comme la métropole catholique de la Gaule. Lorsque Clovis alla combattre les Wisigoths, il passa à Tours, et, considérant le pays comme placé sous la protection du grand saint Martin, il défendit à ses soldats d'y prendre autre chose que de l'eau et de l'herbe. Un d'eux prit du foin et prétendit que foin et herbe c'était même chose ; Clovis lui passa son épée au travers du corps. Puis il envoya un autre soldat porter des offrandes à la basilique du saint. Au moment où le messager entra, on chantait cette antienne « Seigneur, vous m'avez donné des forces pour combattre et vous avez abattu sous moi ceux qui s'élevaient contre moi. » Clovis accepta ces paroles comme un présage de victoire et vainquit à Vouillé. Il repassa à Tours pour remercier le saint, et c'est là qu'il reçut la robe de pourpre, la chlamyde et la couronne d'or que lui envoyait l'empereur Anastase. Il donna au saint son cheval de bataille plus tard il voulut le ravoir et envoya 100 pièces d'or le cheval refusa de marcher ; il envoya encore 100 pièces d'or, et le cheval marcha « La protection de saint Martin est puissante, dit-il, mais elle coûte cher. » Vers la fin duVème siècle avait été tenu à Tours un premier concile, dont on n'a pu déterminer la date précise. En 566, il s'en tint un autre, auquel assistèrent des évêques considérables de la Gaule, et remarquable par plusieurs canons, dont l'un condamne certaines pratiques païennes encore subsistantes, comme la célébration du jour des calendes de janvier et les offrandes de viandes aux morts le 18 du même mois. Un autre ordonne que l'évêque marié soit toujours accompagné de clercs, même dans sa chambre, et tellement séparé de sa femme que celles qui la servent n'aient aucune communication avec ceux qui servent les clercs. C'était un acheminement vers le célibat des prêtres. L'époque la plus glorieuse et la plus agitée de Tours sous les Mérovingiens est celle où le célèbre Grégoire fut son évêque. Il était d'une noble famille d'Auvergne qui avait déjà fourni plusieurs prélats à cette ville. Entré dans les ordres à vingt-cinq ans, il était déjà connu au loin par son savoir et ses vertus lorsqu'il fut appelé au siège épiscopal de Tours, à trente-quatre ans. Il devint, malgré sa jeunesse, malgré la faiblesse de son tempérament, comme le patriarche de la Gaule entière. Il était le principal et presque le seul représentant de la science et de la littérature, si bornées, si pauvres à cette époque. Son Histoire ecclésiastique des Francs, où les temps se reflètent si bien, et par la peinture naïve qu'en fait l'auteur, et par son langage même, mélange de rudesse barbare et de rhétorique de décadence, est le seul monument que nous ayons sur cette période des Mérovingiens. On l'a surnommé le Père de l'histoire de France, comme le premier qui l'ait écrite. Il a laissé encore différents traités De la Gloire des martyrs, Des Miracles de saint Julien, De la Gloire des confesseurs, Des Miracles de saint Martin, Des Vies des Pères. Au milieu de tous ces travaux, il fut fort mêlé à la politique, et la position était difficile à tenir, à cette époque, pour l'évêque d'une ville disputée sans cesse entre les rois d'Austrasie et de Neustrie. On vit, pendant son épiscopat, un des plus curieux exemples du respect qu'imprimait aux hommes les plus puissants et les plus violents le caractère inviolable de l'Église. C'est lorsque Mérovée, fils de Chilpéric, ayant épousé et délivré Brunehaut, vint chercher un refuge contre la colère de son père dans la basilique de Saint-Martin. Les églises avaient droit d'asile. Anathème sur qui arrachait du pied de l'autel le fugitif innocent ou coupable. Les droits de l'État n'étaient rien devant ceux de l'Église. Même chose avait existé chez les païens, qui n'osaient arracher un suppliant de l'autel. Chilpéric marcha avec une armée mais eût-il amené 100,000 hommes ou un seul, c'était même chose devant l'inexpugnable rempart de la majesté du saint. Il lui écrivit une lettre qu'un diacre alla déposer sur son tombeau il lui demandait la permission d'aller arracher de son sanctuaire Gontran Boson, ministre de Brunehaut, qui s'y était également réfugié. Mais, au bout de trois jours, le papier blanc déposé pour recevoir la réponse ayant été trouvé intact, Chilpéric jugea impossible d'avoir Mérovée, ni Gontran. Quelque temps après, tous deux s'échappent, sont arrêtés près d'Auxerre, et, cette fois, c'est à Saint-Germain d'Auxerre que Mérovée demande protection. Même inviolabilité. II s'échappe encore et rejoint Brunehaut en Austrasie. La haine des leudes l'ayant forcé de quitter le pays, il se décide, en désespoir de cause, à retourner auprès de Saint-Martin comme au lieu qui offre le plus de sûreté. Malheureusement Chilpéric averti avait fait garder tous les abords, et, traqué de toutes parts, Mérovée se fit donner la mort par un de ses serviteurs.
Tours était alors gouvernée par le comte Leudaste, ce personnage curieux dont M. Augustin Thierry a mis en lumière, avec son grand talent, la romanesque histoire. C'était un Gaulois, devenu un serf royal, puis favori de la reine, comte des écuries, enfin comte de Tours. Avide, impudique, plein de tyrannie pour ses administrés, il flattait Grégoire, mais préparait en dessous les moyens de le perdre. II l'accusa auprès de Chilpéric d'avoir mal parlé de la fidélité de Frédégonde. Grégoire se justifia aisément dans le concile de Braine, et Leudaste, ayant pris la fuite, erra longtemps dans les bois. L'intrigant eut pourtant l'adresse de se faire encore rétablir dans son comté ; mais enfin il succomba sous la vengeance de Frédégonde. Grégoire de Tours mourut lui-même en 595, âgé de cinquante-quatre ans. Après Martin et Grégoire, il était réservé à l'Église de Tours de posséder encore un des grands personnages de l'histoire ecclésiastique et littéraire de la première moitié du moyen âge. C'est Alcuin, l'ami, le confident des grands projets de civilisation de Charlemagne, qui lui donna de nombreuses abbayes, entre autres celle de Saint-Martin de Tours. Pas plus que ses deux fameux prédécesseurs, Alcuin n'était natif de cette ville, c'était un Anglais que Charles s'était attaché; mais il y établit sa résidence et y ouvrit, en 797, une école fameuse. Il écrivait, vers 798, ces lignes qui donnent une idée médiocre de l'importance matérielle de Tours à cette époque « Que dirai-je de toi, ville de Tours ? Crois-tu que l'on vienne pour toi, dont l'enceinte, petite et peu imposante, n'est grande et digne de tous nos respects que par le patronage de saint Martin ? N'est-ce pas à cause de sa bienheureuse assistance que tant de chrétiens affluent dans tes murs ? » Pourtant, il était fort attaché à cette ville ; si peu imposante. Charlemagne, y étant venu faire ses dévotions et ayant été retenu quelque temps par la mort de sa femme Luitgarde, voulut à son départ emmener l'abbé de Saint-Martin vers les palais dorés de Rome, lui reprochant de s'enfouir parmi ces murailles enfumées. Alcuin le supplia de laisser à ses derniers jours le repos et la retraite, et, en effet, il acheva sa vie à Tours en 804 et fut enseveli dans l'abbaye de Saint- Martin. Il avait fait de vaines tentatives pour améliorer les mœurs fort corrompues des moines de Saint-Martin ; un grand concile fut convoqué à Tours en l’an 813, en partie pour cet objet ; parmi les canons de cette grande assemblée, on en remarque un qui enjoint aux évêques de faire traduire leurs homélies en langue romaine rustique et en tudesque, afin qu'elles soient comprises de tous ; ce qui prouve que le latin n'était plus parlé du peuple.
Tours, gagnant chaque jour en importance religieuse, fut érigée en archevêché en 815. Vers le milieu du même siècle prit naissance un long, bien long procès de hiérarchie. Noménoé, en se faisant couronner roi de Bretagne, voulut affranchir les évêques bretons de la suprématie que les évêques et archevêques de Tours avaient sans cesse exercée sur eux comme résidant dans l'ancienne capitale de la troisième Lyonnaise, et il érigea Dol en archevêché. Pendant trois siècles et demi, les archevêques de Tours réclamèrent, et ce ne fut que sous Innocent III que les prétentions de Dol furent formellement condamnées et Tours rétablie dans ses droits. La malheureuse ville était bien maltraitée pendant ce temps par les Normands. Rien n'était respectable pour ces païens. Ils incendièrent la ville et l'abbaye, qui ne sortirent de leurs ruines que par les soins de Charles le Chauve, à qui le pape Adrien II écrivait « Il sera juste désormais d'appeler la ville Carlodurum et non plus Cæsarodunum. » Au reste, les habitants avaient eu la prudence d'emporter bien loin les reliques du saint, jusqu'à Auxerre, où elles furent confiées à la loyauté de l'évêque. Mais ce fut toute une affaire pour les ravoir. Un nouvel évêque siégeait à Auxerre ; il prétendait ne pouvoir dépouiller son église du précieux trésor dont il l'avait trouvée en possession. Ses refus formels excitèrent la vaillance des Tourangeaux. Leurs gentilshommes prirent les armes, et bientôt six mille guerriers marchaient, comme en croisade, vers Auxerre. Le dépositaire infidèle n'osa résister davantage, et rendit les reliques, qui revinrent en triomphe, répandant partout joie et santé. Deux mendiants estropiés, qui vivaient de leur infirmité, se sauvèrent à leur approche, de peur d'être guéris. Mais l'influence salutaire du saint les atteignit ; ils furent guéris malgré eux et se résignèrent à venir offrir leurs béquilles à saint Martin. Tours subit, comme toute la France, l'influence rénovatrice de l'an 1000. Partout on bâtissait des églises. Le trésorier de l'abbaye de Saint-Martin, Hervé, homme très riche fit construire sur le tombeau de Luitgarde, la tour qu'on appelle aujourd'hui Tour de Charlemagne, et à l'entour s'éleva une splendide basilique, dont il ne reste rien. Peu après, Eudes II, devenu comte de Touraine en 1037, dota la ville d'un pont de pierre dont on voyait encore trois arches en ruine, il y a quelques années. Il se composait de deux parties distinctes appuyées toutes deux sur l'ile qui existe au milieu du fleuve, à peu près au lieu où se trouve aujourd'hui le pont de fil de fer. Le comte l'avait déclaré exempt de tout péage ; mais, quand la Loire couvrait l'ile, alors beaucoup plus basse, un bac transportait les passagers d'une partie à l'autre du pont moyennant une redevance qui revenait à l'abbaye, et que la ville racheta plus tard après de longs démêlés.
Passée, au siècle suivant, avec la Touraine, sous la domination du roi d'Angleterre Henri II, Tours reçut de lui beaucoup d'embellissements. Il fit construire, sur les fondements des anciens murs de la ville, un château fort de forme carrée et flanqué de tours à tous ses angles. Ce moment est un des plus prospères de la ville de Tours au moyen âge.
C'est dans son sein que le pape Alexandre III, chassé de Rome par Frédéric Barberousse, vint convoquer un concile, 17 cardinaux, 124 évêques, et parmi eux Thomas Becket, 414 abbés, une foule d'ecclésiastiques et de seigneurs y furent admis. L'affluence était telle que Louis VII fut obligé d'adresser aux habitants une ordonnance où il disait « Nous avons appris qu'il n'y a ni ordre ni mesure pour le prix des logements qu'on loue pendant le concile il est donc de notre devoir de corriger cet abus c'est pourquoi nous vous mandons et ordonnons que les logements les plus chers ne s'élèvent pas à plus de six livres, et par cette somme on jugera par approximation ce qui doit être payé pour les autres objets. » Le concile excommunia Barberousse et rendit dix canons dont le principal objet était de combattre la simonie. A l'occasion de cette grande réunion de l'Église, on appela Tours la seconde Rome. Ce n'est pas fort longtemps après que fut définitivement rétablie sa suprématie sur les évêchés de Bretagne. Quand l'archevêque Hugues d'Étampes entra dans la ville en 1151, il se fit porter, de Saint-Martin à la cathédrale, sur les épaules de huit barons de la Touraine, qui le servirent à table. « Le baron de Sainte-Maure était chargé de l'assister en qualité d'écuyer lorsqu'il traversait la ville à cheval, et obtenait pour récompense la monture du prélat. Le seigneur de Marmande veillait à la préparation des mets et gardait pour lui tous les ustensiles qui avaient servi à cette préparation celui d'Amboise mettait en ordre sur la table tous les plats et après le repas emportait avec lui la Vaisselle d'or et d'argent. Le seigneur de Preuilly, qui remplissait l'office de panetier, disposait de la desserte. Le seigneur de La Haye (aujourd'hui La Haye-Descartes), échanson, gardait la coupe dans laquelle avait bu l'archevêque. Le seigneur de L'Ile-Bouchard lui versait de l'eau sur les mains et recevait son anneau. Le prévôt de Larçay veillait à la porte de la salle sans avoir droit à aucun cadeau. Le seigneur de Bridoré avait mission de servir au prélat de l'eau dans la salle et dans l'intérieur du palais, avec une aiguillière d'argent qui lui revenait. Enfin, celui d'Ussé, chargé des fonctions d'écuyer tranchant, devenait possesseur des couteaux. » On voit combien était puissante l'autorité ecclésiastique dans la cité de saint Martin. Mais la concorde n'y régnait pas toujours entre les membres de l'Église ; depuis 995, le chapitre disputait à l'évêque le droit de juridiction, et ce ne fut qu'au XVIIIème siècle qu'un arrêt du parlement termina la querelle en subordonnant le chapitre à l'évêque. La ville s'agrandissait en conséquence de sa renommée et de son grand rôle. Autour de l'abbaye, l'ancienne Martinopolis, reconstruite, après un incendie, sous le nom de Castrum novum, Châteauneuf, s'était peuplée d'une bourgeoisie que le voisinage des moines et le passage continuel des pèlerins enrichissaient plaisir. Un chroniqueur de Marmoutiers nous les montre, au XIIème,siècle, vêtus de pourpre, de riches fourrures, habitant des maisons surmontées de tourelles et pleines de meubles brillants d'or et d'argent, menant joyeuse vie et passant le temps à faire ripaille et à jouer aux cartes et aux dés ; du reste, charitables, bienfaisants, pleins de bonne foi. Mais la richesse engendra l'orgueil ou parlons-en mieux une noble fierté. Les bourgeois de Châteauneuf, qui relevaient des moines, voulurent, comme tant d'autres de leur époque, secouer un peu la servitude féodale. Ils se rassemblèrent, vers 1120, dans une chapelle de l'église Saint-Martin, sous le nom de confrérie de Saint-Éloi, et formèrent le dessein de faire administrer leurs affaires communes par des magistrats élus. Le chapitre annula la décision, et bientôt le débat, grandissant, fut porté jusque devant le pape. Condamnés par toutes les autorités supérieures, par le pape Lucius, par le roi Philippe-Auguste, les bourgeois de Châteauneuf imaginèrent un plaisant stratagème ils firent, une nuit, irruption dans le cloître, forcèrent les portes du trésorier et enlevèrent tout l'argent qu'ils y trouvèrent. Les moines, éplorés, demandèrent merci, et une transaction fut conclue Châteauneuf paya 300 mares d'argent et 100 livres tournois aux chanoines, mais conserva sa commune, confirmée par saint Louis en 1258, abolie par Philippe le Bel en 1305. Ainsi, le débat communal entre le peuple et le chapitre souverain, qui en tant d'autres lieux était sanglant et tragique, n'eut à Tours qu'un caractère héroï-comique, qu'il est assez piquant de remarquer dans le pays de Rabelais. Ces nouveaux avantages donnèrent le plus rapide développement à la ville de Châteauneuf, qui semblait marcher à la rencontre de Tours et, en effet, les deux villes, de plus en plus rapprochées, furent, sous Jean le Bon, réunies dans une même enceinte. Le roi de France sentait alors la nécessité de se faire, des places du bord de la Loire, une barrière contre les Anglais venant de la Guyenne, comme le fit plus tard Charles VII contre les Anglais venant de la Normandie. Il fit don aux bourgeois, pour leurs ouvrages de défense, de la coupe de dix arpents de bois de la forêt royale de Teillay, et bientôt tous, travaillant avec une vive émulation, s'entourèrent d'une forte muraille flanquée de tours nombreuses ; la grande tour de Charlemagne, au centre de l'abbaye, dominait l'ensemble, et sa plate-forme était le poste d'un guetteur qui observait au loin la campagne afin d'éviter les surprises.
Sans perdre notre temps à énumérer tous les princes que Tours reçut au moyen âge et au XVIème siècle nous rappellerons seulement que Philippe le Bel y tint, en 1308, les seconds états généraux de la monarchie, dont il obtint la condamnation des Templiers; au siècle suivant, le malheureux Charles VII, dépossédé faisait alternativement de Tours, Loches et Chinon sa résidence. Mais arrêtons-nous devant la sombre image de Louis XI et du PIessis-Iès-Tours. Soit par tradition paternelle, soit afin de trouver sur la rive gauche de la Loire un lieu sûr contre ses deux grands ennemis, le duc de Bourgogne d'abord, celui de Bretagne ensuite, Louis XI acheta, en 1463, de son chambellan, Audoin de Maillé, la terre de Montils moyennant 5,500 écus d'or et y fit bâtir le château du plessy-les-Tours. Ce château si fameux occupait, à un kilomètre environ au sud-ouest de Tours, une petite hauteur d'où la vue s'étend sur les belles plaines de la rive gauche de la Loire et sur le gracieux coteau de Saint-Cyr, sur la rive droite. Protégé de ce côté par la Loire, il l'était de deux autres par le Cher et par un petit bras de rivière qui les fait communiquer, sans compter la forte ville de Tours en avant. En outre, le parc du château était entouré de murailles et de fossés, et le château lui-même se composait de deux enceintes où l'on ne pénétrait que par des ponts-levis. La première franchie présentait un aspect sombre et militaire les Écossais étaient là, et un piquet de cavalerie toujours à cheval et prêt à partir au premier ordre. On entrait par un pont-levis et un portail gothique dans la seconde enceinte, où s'offrait une cour d'aspect bien plus riant arcades, statues autour des fenêtres, festons taillés dans la pierre, tout autour les appartements du roi et de sa famille. C'est là que Louis XI passa sa vie soucieuse, là que cette forte tête combinait ses plans, là que cet esprit soupçonneux exerçait sa méfiance terrible, sa cruauté implacable et c’est là que fut placé en sa cage de fer le cardinal de La Balue, dans un cachot que l'on montre encore aujourd'hui; là que le vieillard superstitieux appela d'Italie saint François de Paule pour écarter de lui la mort, en même temps qu'il envoyait à l'abbaye de Saint-Martin, pour la châsse du saint, une grille d'argent de 17,000 marcs, que plus tard François Ier enleva et fit fondre, malgré les cris des religieux de ce lieu enfin nul n'approchait sans terreur, car, si l'on en croit la tradition, ce n'étaient aux alentours qu'arbres chargés de pendus, que pièges, que chausse-trapes, et quiconque se hasardait trop près, le soleil couché, voyait s'abaisser vers lui l'arquebuse des Écossais qui veillaient sur les créneaux. La Révolution a détruit ce séjour de sinistre mémoire, et l'on ne voit plus du Plessis qu'une tour octogonale accolée à un corps de bâtiment converti en habitation moderne. Louis XI aimait fort à sentir en avant de sa résidence, comme une cuirasse, sa bonne ville de Tours, mais il n'aimait point qu'elle fût trop libre ; aussi lui retira-t-il définitivement le droit de se gouverner en commun, c'est-à-dire par elle-même, pour y substituer un maire et des échevins. En revanche, il promettait « la noblesse pour les maires, échevins et leur lignée et postérité nées ou à naître en loyal ménage la protection et sauvegarde du roy pour les bourgeois, manants et habitants de Tours, avec leurs femmes, enfants, famille, et tous et chacun leurs biens, meubles et immeubles, etc. Surtout il leur fit un présent inappréciable en établissant dans leur cité des manufactures d'étoffes de soie, de draps d'or et d'argent, en y appelant les meilleurs ouvriers de Gênes et de Florence, qu'il affranchit de toute taille et impôt ; établissements qui devinrent si prospères que François Ier reconnaissait, cinquante ans plus tard, que Tours fournissait d'étoffes de luxe tout le royaume et y retenait ainsi une grande partie de l'argent que l'industrie étrangère attirait auparavant au dehors. Ce dernier prince songea même à lui donner une importance considérable, à faire presque une capitale de cette ville qui venait de voir, en moins d'un demi-siècle, se réunir dans ses murs trois assemblées d'étals généraux celle de 1468, par qui Louis XI fit retirer la Normandie à son frère; celle de 1483, sous Charles VIII, l'une des plus importantes qui aient eu lieu avant 1789; enfin celle de 1506, qui annula les traités désastreux signés à Blois par Louis XII. Cette prospérité ne périt point dans les guerres de religion, bien que la ville fût alors témoin de cruautés affreuses et presque les seules qu'offre, dans toute leur histoire, le caractère doux des habitants. Les protestants avaient pillé l'abbaye de Saint-Martin ; les catholiques, plus nombreux, se précipitèrent sur eux et les noyèrent par dizaines attachés à des perches. L'édit de Nantes ayant assuré le repos des protestants et beaucoup des artisans de Tours l'étaient devenus, on compta à Tours, sous Richelieu, 20 000 ouvriers en soie, plus de 40 000 personnes employées au dévidage, à l'apprêt et au tissage ; 8,000 métiers, 1 700 moulins, 3 000 métiers pour la rubanerie. Toute l'Europe recherchait les soieries de Tours comme les plus belles. La révocation de l'édit de Nantes tua sur le coup cette magnifique industrie ; au bout de quinze ans, Tours n'avait plus que 33 000 habitants, au lieu de 80 000, 4 000 ouvriers et 1 200 métiers. Au XVIIIème siècle, Tours fut encore frappée. En 1772, on lui retira son atelier monétaire, qu'elle possédait depuis le temps des Romains, et qui avait pour marque la lettre E, cet atelier d'où étaient sorties ces fameuses pièces connues sous le nom de livres et sols tournois. On lui retira sa collégiale de Saint-Martin, son intendance, son présidial ; on ne lui a laissé que son archevêché. Aujourd'hui, quoiqu’elle ait encore des fabriques de soieries et de rubans, tout ce qui lui reste de prospérité tient à la beauté du pays qui attire une foule d'étrangers, à la beauté aussi de la ville qui, dans certaines parties cependant, vaut moins que sa renommée. Par exemple, arrivez par cette magnifique avenue de Grandmont; traversez, en deçà de la grille de l'octroi, cette vaste demi-lune, à droite et à gauche de laquelle s'étendent les majestueuses allées du Mail; parcourez cette rue Royale, droite, large, uniformément construite arrivez en vous inclinant devant la statue de Descartes, à ce pont admirable de 15 arches, long de 434 mètres, large de près de 15, parfaitement horizontal, qui fut construit de 1765 à 1777 vous serez émerveillé vous le serez également si vous visitez, le long du Mail, et dans les rues adjacentes, les charmantes habitations modernes qu'occupe l'aristocratie du pays ; vous admirerez encore ou bien le bel embarcadère du chemin de fer, au-delà du Mail, œuvre de l'industrie moderne, et dont l'attraction semble devoir déplacer la ville; ou bien l’œuvre du moyen âge, la vieille cathédrale de Saint-Gratien, commencée sous le roi d'Angleterre Henri II, continuée avec activité en 1430, achevée enfin seulement en 1507, alors que fut posé le couronnement de ses deux belles tours, si imposantes et si riches de sculptures ainsi que l'atteste cette double inscription qui se lit sous la clef du petit dôme de la tour septentrionale

L'an MDVII fut fait ce noble et glorieux édifice,
A Domino facfum est istud et memorabile in oculis nostri

. Mais si vous descendez, à droite et à gauche de la rue Royale, dans les quartiers voisins de la Loire, vous retrouverez la vieille ville aux rues tortueuses et étroites, aux vieilles maisons, aux antiques mas, ires', et vous serez tenté de dire de findolènte et paisible cité Desinit in piscem, ,etc.
Outre sa cathédrale, monument historique, Tours possède l'église Saint-Julien, remarquable par Son clocher du XIèmee siècle, l'église Notre-Dame-la-Riche, habilement restaurée de nos jours; l'église Saint- Saturnin, qui date du XVème siécle,; l’ancienne église Saint-Clément, rangée parmi les monument historiques. De l'ancienne et célèbre abbaye de Saint- Martin, il ne reste plus que deux tours la tour Charlemagne et la tour de l'Horloge ; espérons que le projet de sa reconstruction, dont il était question avant la guerre de 1870, sera repris et mis à exécution.
Signalons encore les ruines d'un amphithéâtre romain, la tour de Guise, l'archevêché, le théâtre, la bibliothèque, la fontaine de Beaune, le palais de justice, le pénitencier, l'hôpital général, le musée ; enfin, parmi les habitations particulières l'auberge de la Croix-Blanche, l'hôtel Jehan Gallan, la maison de la Cordelière, l'hôtel Gouin, bâti en 1440 pour Jean Xaincoings, contrôleur général des finances, etc.
Nous avons dit que, pendant la guerre de 1870- 1871, Tours devint le siège du gouvernement de la Défense nationale mais vers la fin du mois de décembre, le 21, les têtes de colonne du général allemand Woigtz-Rhetz arrivèrent devant Tours. Un coup de feu fut tiré du pont sur les uhlans d'avant- garde alors une batterie allemande s'établit sur le haut de la Tranchée et lança ses obus sur la rue Royale. Un des projectiles atteignit la mairie, un autre emporta la tête d'un journaliste de la ville ; le maire fit alors arborer le drapeau blanc ; la ville se rendit, mais elle ne fut pas occupée par l'ennemi, qui se contenta de faire des réquisitions.



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