# # # # # # Bouton


Gui Eder dit La Fontenelle


L'île Tristan (29)

Dans la baie de Douarnenez cette baie, qui n'a pas moins de 80 kilomètres de circonférence, de la pointe de la Chèvre à celle du Van, et presque en face du port, s'élève l'île de Tristan, rocher qui servit de repaire et de quartier général au brigand La Fontenelle. Disons quelques mots de cet horrible personnage. Gui Eder était un cadet de la maison de Beaumanoir, né à Bothoa, en Cornouaille.
« De bonne heure, dit le chanoine Moreau, il suivit les appétits de sa bouillante jeunesse. Estant au collège de Boncourt, à Paris, toujours aux mains avec ses compagnons, plus prompt aux coups qu'à la parole, il vendit ses livres et sa robe de classe, et, du provenu de l'argent, acheta une épée et un poignard, se déroba dudit collège, et prit le chemin d'Orléans, pour aller trouver l'armée de M. le duc du Maine, alors lieutenant général de l'État et couronne de France et chef du parti catholique mais il n'alla guère loin qu'il ne fust dépouillé par quelques coureurs, et revint à Paris à son premier maître de collège, où, toutefois, il ne tarda guère qu'il ne retournât en Bretagne, en 1589, que tout le royaume estoit en trouble et combustion. La Fontenelle, âgé de quinze à seize ans, se mit parmi la populace qui estoit sous les armes pour le parti des ligueurs, qui en fit estat, parce qu'il estoit de bonne maison et du pays, et, le voyant d'un esprit actif, lui obéissoit volontiers; il prit le titre de La Fontenelle, maison noble de leur patrimoine, se fit suivre de quelques domestiques, de son frère aîné et d'autres jeunes seigneurs de la commune qu'il connaissoit plus remuants, hardis à suivre les hasards de ses desseins, et commença à piller les bourgades, prendre prisonniers de quelque parti qu'ils fussent. Tous les malins et bandits du pays se rallièrent auprès de lui, si bien qu'en peu de temps ses troupes furent très augmentées. »
Il fit d'abord une course dans le pays de Saint- Brieuc, et enleva, au milieu de ses pillages, une riche héritière, âgée de neuf ou dix ans, qu'il fit élever dans un couvent, qu'il épousa, et dont il fut aimé avec passion. Il s'établit ensuite dans la Cornouaille.
Plusieurs communes s'étant réunies pour l'attaquer, il massacra mille paysans, et s'obstina à empêcher qu'on leur donnât la sépulture ; les parents qui venaient réclamer leurs morts étaient égorgés eux-mêmes. Il choisit un asile sûr dans l'île de Tristan, en fortifia l'ancien prieuré de Tutuarn, où il entassa les riches produits de ses brigandages. Son audace était telle qu'il parut plusieurs fois à la cour de Mercœur couvert d'un manteau d'or, et l'on n'osa point l'arrêter. Les tortures, les supplices raffinés étaient ses joies « tantôt les faisant asseoir sur un trépied rouge à cuir nu, qui les brûloit jusqu'aux os, tantôt, au cœur de l'hiver et aux plus grandes froidures, les mettant tout nus dedans des pipes pleines d'eau gelée. » Ses massacres étaient suivis d'orgies, où le vin se mêlait au sang des victimes.

Le supplice de la Roue

A Pont-Croix, il attira le gouverneur, La Ville-Rouhault, à une conférence, puis le fit pendre après avoir fait violer sa femme sous ses yeux. Le maréchal de Brissac fit attaquer à plusieurs reprises l'île de Tristan par des régiments de troupes royales, qui furent repoussés, et Henri IV voulut bien le comprendre dans l'amnistie générale qui suivit la pacification du royaume. Il lui donna même le gouvernement de l'île Tristan. Mais plus tard, enveloppé dans la conspiration de Biron, le scélérat fut condamné, à la requête de la dame de La Ville-Rouhault, et périt sur la roue en place de Grève. Ainsi finit ce Mandrin de la Cornouaille, où son nom inspire encore l'effroi.



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