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La Basique Notre Dame de Fourvière (69)


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Basilique de Fourvière (69)

Lorsqu'on se dirige de Lyon vers Loyasse, après avoir traversé la partie du quartier Saint-Jean qui avoisine la cathédrale, on s'engage dans de longues ruelles qui, par des pentes très rapides, conduisent au sommet du coteau qui borde Lyon à l'ouest.
L‘ancienne ville romaine s'élevait sur ce versant. Les fondations antiques, et plus encore les dispositions du terrain façonné en terrasses artificielles, ont déterminé l'établissement de couvents, de communautés religieuses, d'hospices et de pensionnats, construits très probablement sur l'emplacement des anciens palais des hauts fonctionnaires, préteurs ou généraux romains.
Sur le plateau de la montagne était un temple ; selon l'opinion la plus répandue, il était dédié à Vénus. Près de ce temple, l'empereur Trajan avait fail construire un forum entouré de portiques et décoré de statues, d'où était venu, pour ce lieu, le nom de Forum Vetus ou Forum Veneris dont la corruption du langage a fait Fourvière ; ces suppositions, quoique dénuées de témoignages authentiques, sont très vraisemblables. On sait que ce forum servait de marché et qu'il était fréquenté par.de nombreux visiteurs accourant de contrées lointaines pour y échanger leurs produits c'est là qu'aboutissaient les aqueducs construits à si grands frais et amenant l'eau du mont Pilat dans le Forez ; l'importance de Fourvière, sous la domination romaine, est donc incontestable.
Voici comment s'explique la piété traditionnelle et toute spéciale qui s'attache à la modeste chapelle remplaçant aujourd'hui les portiques du temple païen on prétend que c'est devant les idoles de ce temple que furent traînés saint Pothin et ses pieux compagnons, quand on les somma d'abjurer la foi sainte, et que c'est du haut de cette colline que s'élança vers le ciel l'héroïque témoignage des premiers martyrs l'amphithéâtre romain, témoin du sacrifice, était resté, pour les chrétiens persécutés, un lieu do vénération et le but de leurs secrets pèlerinages, lorsqu'en 389 un édit de Théodose autorisa le culte et la nouvelle religion. Les chrétiens, nombreux déjà et libres enfin de manifester leurs croyances, auraient renversé les anciennes idoles et remplacé la statue de Vénus par une image de la vierge Marie.
Jusqu'en l'an 840, selon saint Bénigne de Dijon, le forum, désormais sanctifié, aurait conservé sa magnificence romaine; mais, à cette époque, un écroulement causé ou par un tremblement de terre, ou par la vétusté de l'édifice, aurait anéanti les bâtiments, les portiques, l'amphithéâtre et tout ce qui décorait Fourvière.
Le zèle chrétien craignit-il ou dédaigna-t-il de lutter contre le souvenir des magnificences païennes dans l'érection d'un nouveau temple ? La rivalité des divers ordres dont les couvents étaient groupés sur la sainte montagne et se disputaient la possession du nouvel autel, fit-elle obstacle à la construction d'une église, digne de répondre à la piété des fidèles ?

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Basilique de Fourvière au début du XIXème siècle

Les savantes recherches des historiens de Fourvière nous donnent peu de lumières sur ce sujet ; nous savons qu'une simple chapelle s'éleva sur les ruines du temple qui s'était écroulé. Mais l'empressement des pèlerins n'en fut pas moins grand; dans les afflictions privées, dans les calamités publiques, c'est à des prières toujours adressées à Notre-Dame de Fourvière que les populations avaient recours combien de volumes ne remplirait-on pas avec le récit des miracles que la foi lyonnaise attribue à la protection de sa madone !
Le premier agrandissement de l'humble chapelle se rattache à une des plus touchantes légendes du catholicisme, laissons l'abbé Cabour raconter, d'après Colonia, la pieuse histoire

Un jour Tomas Becket, Guichard son ami et le chanoine Olivier de Chavannes, se promenaient ensemble sur la petite place de saint Jean ;la conversation tomba sur les nouvelles construction que l’on élevait à Fourvière. Les yeux de l'exilé se portent sur la colline « Quel sera le deuxième patron du sanctuaire ? demanda-t-il à ses hôtes. Le premier martyr qui versera son sang répond Guichard ou Olivier· vous-même, ajoute l'un d'eux, si vos ennemis vous procurent cet honneur. Le saint prélat dut voir dans ces paroles une nouvelle révélation des glorieuses épreuves auxquelles il était réservé, car lui-même plus d'une fois il avait prédit l'issue du combat qui devait couronner sa lutte. On sait comment vingt-six jours après son retour en Angleterre, Thomas, rappelé par son roi, fut assassiné au pied des autels par quatre chevaliers.

Cette légende, ajoutée à tant d'autres, ne devait qu'accroître encore la ferveur des fidèles de proche en proche, le renom de la sainte madone s'étendait jusqu’au-delà des frontières du royaume; Philippe de Savoie joignait son offrande aux tributs de la vénération nationale et dotait la chapelle de Fourvière d'un chapitre et de riches présents.
Vers la même époque, l'héritier de la couronne de France était atteint d'une maladie qui déjouait toutes les ressources de l'art des plus habiles médecins; le roi son père, Louis VII, implora le secours de Notre- Dame de Fourvière et, parmi les ex-voto suspendus aux murailles de l'humble chapelle, on put voir celui du monarque reconnaissant, remerciant la Vierge sainte d'avoir conservé à son amour et à la gloire de la France son fils, qui régna sous le nom de. Philippe-Auguste, et fut le vainqueur de Bouvines.
Rome enfin sanctionna le culte de Fourvière. En 1251, le pape Innocent IX accorda quarante jours d'indulgence à ceux qui iraient visiter le sanctuaire miraculeux. Un arrêté municipal, daté de 1336, assigna au chapitre de Fourvière une place d'honneur dans les solennités publiques, et lui confia, à titre honorifique, une des clefs de la ville de Lyon.

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Basilique de Fourvière

L'histoire nous a légué le souvenir de la dévotion du roi Louis XI pour la Notre-Dame d'Embrun dont il portait l'image à son chapeau. Ce culte, quelque peu superstitieux, ne put cependant dominer la populaire influence des croyances à Notre-Dame de Fourvière; après la lutte la plus sérieuse qu'il ait eu à soutenir, vainqueur enfin de son puissant et chevaleresque adversaire, Charles le Téméraire, c'est vers la sainte colline de Fourvière qu'il se dirigeait revêtu du costume des pèlerins, c'est à sa Vierge miraculeuse qu'il adressait l'hommage de sa reconnaissance, et, par une singulière confusion de la piété éternelle avec les préjugés de son temps, il la créait « châtelaine de vingt-cinq villages. »
La sauvage invasion du baron des Adrets n'épargna pas plus l'oratoire de Fourvière que les autres édifices consacrés à la religion. La chapelle fut rasée par les huguenots en 1551, et ne put être relevée que dans les premières années du siècle suivant. A ces désastres, une peste horrible vint joindre ses ravages en 1628 l'implacable fléau décima pendant quinze ans la population lyonnaise. L'émigration enlevait ceux que la mort avait épargnés. Lyon se trouvait menacée d'une ruine complète, lorsque, le 8 septembre, ses magistrats prirent la résolution de consacrer la ville à la Vierge protectrice, et vinrent solennellement, suivis du peuple entier, renouveler leur vœu au pied de ses autels. La tradition affirme qu'à dater de ce jour la contagion s'arrêta. Deux siècles se sont écoulés depuis ce pacte de famille conclu entre Notre-Dame de Fourvière et la ville de Lyon.
Des deux côtés l'alliance a été religieusement observée. Tous les ans, à pareil jour, ce vœu est solennellement renouvelé au sanctuaire de Fourvière en présence des délégués de toutes les paroisses de Lyon. Les représentants de la ville, le prévôt des marchands, les échevins, les maîtrises et corporations des métiers, bannières en tête, y étaient autrefois conviés et y assistaient en grande pompe. Aujourd'hui, la cérémonie n'a d'autres témoins que la foule empressée des nombreux fidèles attirée par la consécration traditionnelle sur la sainte colline, aux pieds du dôme qui couronne l'humble chapelle, dont les murs, chargés d'ex-voto, recèlent le palladium de la cité. Cette cérémonie, tout intime, se divise en deux parties le matin, à sept heures, le renouvellement du vœu ; le soir, la bénédiction. A six heures, le bourdon de la métropole de Saint-Jean' donne un signal auquel répondent les cloches de toutes les paroisses. Une oriflamme est déployée sur le clocher de Fourvière, aux pieds de la statue de la Vierge, les trompettes se font entendre, le canon tonne l'archevêque de Lyon, entouré de tout son clergé, apparaît en habits pontificaux sur la terrasse qui regarde la Saône, et donne la bénédiction du saint sacrement à la ville. Majestueux et émouvant spectacle ! Si, du haut de cette terrasse qui émerge d'un océan de verdure, on jette les regards sur la longue et étroite presqu'île qui s'étend entre les deux fleuves, on aperçoit de toutes parts, depuis les dernières ondulations de la colline jusqu'aux bords du Rhône, du palais de justice à Ainay, dans les rues, sur les ponts, les quais et les places, une foule attentive et recueillie. A la seconde détonation partie de Fourvière, tous les fronts se courbent, tous les genoux fléchissent, toutes les têtes se découvrent, et du silence universel s'élève une muette, mais fervente adoration pour Celui qui tient entre ses mains les destinées des cités et des nations. On a essayé de reproduire par la gravure et la photographie ce spectacle émouvant ; mais les effets obtenus sont nécessairement restés au-dessous de la réalité. Autrefois, lorsque la Vierge n'avait en ce lieu qu'un étroit et modeste sanctuaire, dont quelques gravures du temps ont conservé les maigres proportions, il était d'usage que tous les samedis le prêtre officiant bénît la ville de la tribune placée au fond de la nef.
En 1870, la ville de Lyon fit vœu d’élever un nouveau sanctuaire si la ville était épargnée par l’invasion allemande après la défaite de Sedan. Lyon n’ayant pas eu à subir l’occupation allemande, un élan de générosité important permis la construction de l’actuelle basilique qui domine la grande métropole lyonnaise.



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