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Saint-Seine l'Abbaye (21)



Saint Michel de Frigolet
Saint-Seine l'Abbaye

Saint-Seine l'Abbaye, 27 kilomètres ait nord-ouest de Dijon, est un bourg bien bâti, mais très resserré au milieu d'une profonde vallée, dans une situation pittoresque, Il possède deux places publiques, une belle promenade plantée de marronniers et des fontaines magnifiques, alimentées par deux sources qui jaillissent à peu de distance. Saint-Seine doit son origine à la célèbre abbaye qui fut fondée en cet endroit, en 534, par le saint de ce nom. Fils du comte de Mémont, qui avait, dit-ont épousé une princesse du nom de Sequana, saint Seine naquit vers l'an 514. Dès son enfance, il manifesta un goût particulier pour la retraite et pour les plus rudes austérités contrariées dans sa vocation par sa famille, il se retira dans le bourg de Verrey, où il se livra avec tant d'ardeur aux rigueurs de la pénitence, qu'il finit par vaincre l'opposition de ses parents. A douze ans, il ne prenait aucune nourriture avant d'avoir récité tout le psautier ; à quinze ans, quand il fut consacré par le vieux prêtre Eustadius, sa maigreur était telle que le vieillard lui ordonna, dit la légende, modicum vinum propters stomachum.
Après avoir étudié avec saint Jean de Réome, un de ses parents, nommé Thiolaifus, le détermina dans le choix de sa solitude en faveur de ce désert, alors rempli de diables et larrons. La sainteté du jeune abbé et de ses moines chassa promptement les uns et convertit les autres, qui devinrent l'édification du couvent, sur lequel les miracles de saint Seine attirèrent bientôt les libéralités des princes et des seigneurs. Les moines, à son exemple, défrichèrent autour de l'abbaye plusieurs lieues de terrain, sur lequel dès lors des habitations, réunies plus tard en villages, ne tardèrent pas à s'élever pour abriter le grand nombre de pèlerins et de malades qui venaient en foule à l'abbaye chercher remèdes à leurs maux et bons avis à leurs griefs. Saint Seine mourut en 580. Ses reliques, conservées avec soin, furent portées à Saint-Bénigne de Dijon, le 8 juin 162'0, pour obtenir la cessation d'une sécheresse qui menaçait de famine la Bourgogne ; on y compta 3 060 jeunes filles, vêtues de blanc, marchant pieds nus et suivies d'une foule immense ; la ville leur donna un grand diner, au sortir duquel la procession reprit le chemin de Saint-Seine avec les reliques, qui ont été dispersées en 1794. L'abbaye de Saint-Seine eut à partager, pendant sa longue existence, les vicissitudes des temps qu'elle traversa pillée en 731 par les Sarrasins, qui furent défaits l'année suivante par Charles- Martel, rétablie 46 ans après, elle comptait plus de cinq cents moines dès la fin du règne de Charlemagne. Elle fut ruinée par les Hongrois sous Raoul, comme on l'apprend par la chronique de Bèze, et reconstruite en 981 par le célèbre abbé Guillaume, Au XIIème siècle, ses richesses étaient immenses et ses bienfaits aussi ; elle possédait quarante villages, comme on le voit dans une bulle d'Alexandre III, et avait établi sur ses terres plusieurs hospices, des léproseries et des écoles. L'abbé de Saint-Seine tenait à la cour des ducs le rang d'un prince ; il avait parmi ses officiers un chambellan, un maréchal, un maître queux, un chapelain, un saucier pour le poisson, un sartre ou tailleur, un barbier, un organiste, un fontainier, etc.
Enrichi par les croisades et par la piété des ducs, l'abbé assista Hugues IV dans ses guerres contre Thibaut, comte de Champagne, et fit marcher à son aide en 1288 les milices de l’abbaye.
Plus tard, le roi Jean permit à l'abbé de se fortifier, contre les Anglais, de pont-levis, guérites et barbacanes; dont on voit encore quelques vestiges près de l’église paroissiale, où l'on montre un passage sous une petite tour appelée Porte au Lion.
Cependant les châteaux de la Margelle et de Moloy, qui furent élevés vers le même temps, servaient le plus souvent de retraite aux abbés de Saint-Seine durant les guerres intestines qui désolaient la France à cette époque. L'église de l'abbaye renfermait plusieurs tombeaux remarquables, entre autres ceux de Guillaume de Vienne, archevêque de Rouen, et de Richard de Jaucourt. Le corps de Philippe le Hardi y fut aussi déposé pendant un mois en attendant que son caveau, aux Chartreux de Dijon, fût disposé pour le recevoir. On distingue parmi ses abbés le cardinal de Roches, en 1361 Antoine de Vienne, en 1551 ; Gilbert de Beaufort, en 1610; le prince de Conti, en 1657; le cardinal Mazarin, en 1659; Louis de Simiane, en 1695; J.-F. de La Fayette, en 1720.
Plusieurs usages singuliers étaient observés dans ce monastère. Certain droit seigneurial, malséant pour un abbé, avait été racheté par la chandelle des épousées, faite en forme d'étrier, que chaque nouvelle mariée devait offrir le soir de ses noces à l'abbé. Cette offrande allégorique devint en 1497 la cause d'un procès entre les moines et les habitants du bourg; le parlement de Dijon permit à ces derniers de racheter ce droit par un demi-quarteronde cire neuve. Le même arrêt confirma le privilège des moines de faire passer leurs ânes dans les bois communaux sans payer le droit de foresterie ; cette exception était fondée sur une tradition que l'on retrouve dans les annales de plusieurs monastères ; on disait que le comte de Mémont avait jadis concédé à saint Seine, son fils, pour l'établissement de son abbaye, tout le terrain dont il pourrait faire le tour entre deux soleils en chevauchant le même âne. On racontait la même chose touchant la fondation de l'abbaye de Moutiers-Saint-Jeanne. Convient-il pas de voir dans tous les cas analogues une réminiscence des fables de l'antiquité :

Taurino quantum possent circumdare tergo?

Un autre usage digne de remarque était celui de conduire à la fontaine de la Douix, au milieu des bois, les processions qui avaient lieu pour obtenir de la pluie. Le peuple ne manquait jamais de s'y rendre avec ample provision de seaux et de poêlons, afin d'arroser copieusement le curé et les chantres, qui étaient tenus de faire bonne contenance à l'encontre de ce déluge, tradition lointaine et défigurée du culte des eaux, fort répandu jadis dans les Gaules.


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